SUR M A R I A M N E.
27 1
Tel qu'un vil courtisan , dans la foule jeté ,
J’allais des Affranchis caresser la fierté ;
às attendais leurs momens, je briguais leurs suffrages ;
Tandis qu accoutumés à de pareils hommages ,
Au milieu de vingt rois à leur cour assidus ,
A peine ils remarquaient un monarque de plus.
Je vis César enfin : je sus que son courageMéprisait tous ces rois qui briguaient 1 esclavage.
Je changeai ma conduite : une noble fierté ,
De mon rang avec lui soutint la dignité.
Je fus grand fans audace , 8c soumis fans bassesse ;César m'en estima ; j en acquis fa tendresse ;
Et bientôt, dans fa cour appelé par son choix ,
Je marchai distingué dans la foule des rois.
Ainsi, selon les temps, il faut qu avec souplesseMon courage docile ou s élève ou s’abaisse.
Je fais dissimuler, me venger 8c souffrir:
Tantôt parler en maître, 8c tantôt obéir.
Ainsi j’ai subjugué Solime 8c lldumée,
Ainsi j’ai fléchi Rome à ma perte animée ;
Et toujours enchaînant la fortune à mon char ,
J étais ami d’Antoine , 8c le fuis de César.Heureux, après avoir avec tant d artifice ,
Des destins ennemis corrigé 1 injustice ;
Quand je reviens en maître , à 1 hébreu consternéMontrer encor le front que Rome a couronné ;Heureux , si de mon cœur la faiblesse immortelleNe mêlait à ma gloire une honte étemelle !
Si mon fatal penchant n aveuglait pas mes yeux ;
Si Mariamne enfin n était point en ces lieux !
M A z A E L.
Quoi ! Seigneur , se peut-il que votre ame abuséeDe ce feu malheureux soit encore embrasée ?
Herode.
Que me demandes - tu ! ma main , ma faible mainA signé son arrêt, 8c l’a changé soudain.
Je cherche à la punir; je m empresse à 1 absoudre ;Je lance en même temps 8c je retiens la foudre ;
Je mêle malgré moi son nom dans mes discours ;Et tu peux demander si je íaime toujours 1