Band 
Tome premier.
Seite
277
JPEG-Download
 

SUR M ARIA M NE. 277

Cet ordre, cet arrêt prononcé par son roi,

Ce coup que je lui porte aurait tombé sur moi.

Mais son farouche orgueil a servi ma vengeance :

J ai su mettre à profit sa fatale imprudence :

Elle a voulu se perdre , 8c je n ai fait enfinQue lui lancer les traits qu a préparés fa main.

Tu te souviens assez de ce temps plein d'alarmes,Lorsqu’un bruit si funeste à 1 espoir de nos armes ,Apprit à l’Orient étonné de son sort ,

Qu’Auguste était vainqueur, 8c qu Antoine était mort.Tu sais, comme à ce bruit nos peuples se troublèrent ;De l’Orient vaincu les monarques tremblèrent :

Mon frère enveloppé dans ce commun malheur,

Crut perdre fa couronne avec son protecteur.

11 fallut, sans s’armer d une inutile audace,

Au vainqueur de la terre aller demander grâce.

Rappelle en ton esprit ce jour infortuné ;

Songe à quel désespoir Hérode abandonné ,

Vit son épouse altière, abhorrant ses approches,Détestant ses adieux , l’accablant de reproches,Redemander encore, en ce moment cruel ,

Et le sang de son frère, 8c le sang paternel.

Hérode auprès de moi vint déplorer fa peine ;

Je saisis cet instant précieux à ma haine ;

Dans son cœur déchiré je repris mon pouvoir ;

J enflammai son courroux , j aigris son désespoir ;

J empoisonnai le trait dont il sentait 1 atteinte.

Tu le vis, plein de trouble, 8c d'horreur, 8c de crainte,Jurer d exterminer les restes dangereuxD un sang toujours trop cher aux perfides Hébreux :

Et dès ce même instant , fa facile colèreDéshérita les fils 8c condamna la mère.

Mais fa fureur encor flattait peu mes souhaits ;L’amour qui la causait en repoussait les traits :

De ce fatal objet telle était la puissance ,

Un regard de l’ingrate arrêtait fa vengeance.

Je pressai son départ; il partit, 8c depuis,

Mes lettres chaque jour ont nourri ses ennuis.

Ne voyant plus la reine, il vit mieux son outrage :

Il eut honte en secret de son peu de courage ;

S 3