sur la Tragédie. 3 05
répondent à l’ombre sanglante de Clytemneslre par deshurlemens fans aucune articulation. Beaucoup detragédies grecques , en »un mot ^ font remplies decette terreur portée à l’excès.
Je fais bien que. les tragiques Grecs , (Bailleurssupérieurs aux Anglais , ont erré en prenant souventl’horreur pour la terreur, & îe dégoûtant & l in-croyable pour le tragique 8c le merveilleux. L’artétait dans son enfance du temps à'Eschyle, comme àLondres du temps de Shakespeare ; mais parmi lesgrandes fautes des poètes grecs , 8c même des vôtres ,on trouve un vrai pathétique 8c de singulières beautés ;8c si quelques Français qui ne connaissent les tragédies8c les moeurs étrangères que par des traductions ,8c fur des ouï-dire , les condamnent fans aucunerestriction ; ils font , ce me semble , comme desaveugles qui assureraient qu’une rose ne peut avoiyde couleurs vives,, parce qu’ils en compteraient lesépines à tâtons. Mais si les Grecs 8c vous, vouspassez les bornes de la bienséance, 8c si les Anglaissurtout ont donné des spectacles effroyables , voulanten donner de terribles ; nous autres Français , austìscrupuleux que vous avez été téméraires, nous nousarrêtons trop de peur de nous emporter, 8c quelque-fois nous n’arrivons pas au tragique , dans la crainted’en passer les bornes.
Je fuis bien loin de proposer que la scène devienneun lieu de carnage, comme elle Test dans Shakespeare-,8c dans ses successeurs qui, n’ayant pas son génie, n'ontimité que ses défauts ; mais j’ose croire qu’il y a dessituations qui ne paraissent encore que dégoûtantesThéâtre, Tom . I. V