Acte cinquième. Z8Z
Mon cœur encor surpris de son égarement,
Emporté loin de soi, fut coupable un moment ;
Ce moment m’a couvert d’une honte éternelle,
A mon pays que j’aime il m’a fait insidelle :
Mais ce moment p aisé , mes remords infinisOnt égalé mon crime , 8c vengé mon pays.
Prononcez mon arrêt. Rome, qui vous contemple ,
A besoin de ma perte 8c veut un grand exemple.
Par mon juste supplice il faut épouvanterLes Romains, s’il en est qui puissent m’imiter.
Ma mort servira Rome autant qu’eût fait ma vie ;
Et ce sang en tout temps utile à fa patrie ,
Dont je n’ai qu’aujourd’hui souillé la pureté,
N’aura coulé jamais que pour la liberté.
B r u t u s.
Ouoi ! tant de perfidie avec tant de courage ?
De crimes , de vertus, quel horrible assemblage !
Quoi ! fous ces lauriers même, 8c parmi ces drapeaux,Que ton sang à mes yeux rendait encor plus beaux,Quel démon t’inspira cette horrible inconstance ?
Titus.
Toutes les pallions , la soif de la vengeance,
L’ambition, la haine , un instant de fureur.. ..
B r u t u s.
Achève , malheureux.
Titus.
Une plus grande erreur,
Un feu qui de mes sens est même encor le maître,
Qui fit tout mon forfait, qui l’augmente peut-être.