Band 
Tome premier.
Seite
410
JPEG-Download
 

Eryphile.

410

Préjugé malheureux ! éclatante chimèreQue l’orgueil inventa, que le faible révère,

Par qui je vois languir le mérite abattu

Aux pieds d'un prince indigne, ou d'un grand fans vertu.

* Les mortels font égaux : ce n’est point la naissance,

* C’est la feule vertu qui fait leur différence.

C’est elle qui met l’homme au rang des demi-dieux ;

* Et qui sert son pays n’a pas besoin d’aïeux.

Princes , Rois, la fortune a fait votre partage ,

Mes grandeurs font à moi ; mon fort est: mon ouvrage :Et ces fers si honteux , ces fers où je naquis ,

• Je les ai fait porter aux mains des ennemis.

* Je n'ai plus rien du sang qui m'a donné la vie ;

* II a dans les combats coulé pour la patrie ;

•*Je vois ce que je fuis 8c non ce que je fus,

* Et crois valoir au moins des rois que j’ai vaincus.

Theandre.

Alcméon , croyez-moi, l’orgueil qui vous inspire ,

Que je dois condamner , 8c que pourtant j’admire ,

Ce principe éclatant de tant d’exploits fameux,

En vous rendant si grand , vous fait trop malheureux.

Pliez à votre état ce fougueux caractère

Qui d'un brave guerrier ferait un téméraire :

C’est un des ennemis qu'il vous faut subjuguer.

Né pour servir le trône 8c non pour le briguer ;Sachez vous contenter de votre destinée ;

D’une gloire assez haute elle est environnée :

N’en recherchez point d’autre. Eh ! qui fait si les dieuxQui toujours fur vos pas ont attaché les yeux,

Qui pour venger Argos, 8c pour calmer la Grece,Ont voulu vous tirer du sein de la bassesse ,