Acte quatrième, 443
A L C M E O N.
De quel coup ma raison vient d’être confondue !Dieux ! sur elle 8c sur moi puis-je arrêter la vue ?
Je ne fais où je fuis : Dieux, qui m’avez sauvé,Reprenez tout ce sang, par vos mains conservé.
Est-il bien vrai, Madame, on a tué mon père !
II veut votre supplice, 8c vous êtes ma mère !
Eryphile.
* Oui, je fus fans pitié : fois barbare à ton tour,
* Et montre-toi mon fils en m’arrachant le jour.
* Frappe... Mais quoi? tes pleurs se mêlent à mes larmes !
* O mon cirer fils ! ô jour plein d’horreur 8c de charmes !
* Avant de me donner la mort que tu me dois,
* De la nature encor laisse parler la voix :
* Souffre au moins' que les pleurs de ta coupable mère
* Arrosent une main si fatale 8c si chère.
A L C M E O N.
Cruel Amphiaraiis ! abominable loi !
La nature me parle, 8c l’emporte fur toi.
O ma mère !
Eryphile, en s embrassant.
O cher fils que le ciel me renvoie,
Je ne méritais pas une si pure joie.
J’oublie, 8c mes malheurs, 8c jusqu'à mes forfaits;
Et ceuxqu’un dieu t’ordonne,8ctous ceux que j’ai faits.