15 2 le Fanatisme.
Je fus , je te l'avoue , aveugle comme toi ;
Ouvre les yeux , Zopire , 8c change ainsi que moi :Et fans plus me vanter les fureurs de ton zèle,
Ta persécution si vaine 8c si cruelle ,
Nos frères gémissans , notre Dieu blasphémé ,Tombe aux pieds d'un héros par toi-même opprimé.Viens baiser cette main qui porte le tonnerre.
Tu me vois après lui le premier de la terre :
Le poste qui te reste est encore aster beau,
Pour fléchir noblement fous ce maître nouveau.
Vois ce que nous étions , 8c vois ce que nous sommes.Le peuple aveugle 8c faible est né pourles grands hommes,Pour admirer , pour croire , 8c pour nous obéir.Viens régner avec nous , si tu crains de servir;Partage nos grandeurs, au lieu de t’y soustraire ,
Et las de l’imiter, fais trembler le vulgaire.
Zopire.
Ce n’est qu’à Mahomet , à ses pareils , à toi,
Oue je prétends , Omar , inspirer quelqu’effroi.
Tu veux que du sénat le Shérif infidelleEncense un imposteur , Sc couronne un rébelle !
Je ne te nìrai point que ce fier séducteur
N’ait beaucoup de prudence 8c beaucoup de valeur:
Je connais comme toi les talens de ton maître ;
S il était vertueux, c’est un héros peut-être :
Mais ce héros , Omar , est un traître, un cruel ,
Et de tous les tyrans c'est le plus criminel.
Cesse de m’annoncer fa trompeuse clémence ,
Le grand art qu'il possède est T art de la vengeance.Dans le cours de la guerre , un funeste destinLe priva de son fils que fit périr ma main.