sur la Tragédie. 347
spectateur sent la gêne où sauteur s’est mis , Sc lafaiblesse de la ressource. II ne voit qu’un écrivainqui se tire mal-adroitement d’un mauvais pas. Plusd’illusion, plus d’intérêt.
Qiwdcumque ojìendis mìhi , sic incndulus cdi.
Mais je suppose que sauteur d’une tragédie se sûtproposé pour but d’avertir les hommes que Dieupunit quelquefois des grands crimes par des voiesextraordinaires ; je suppose que sa pièce fût con-duite avec un tel art, que le spectateur attendît à toutmoment sombre d’un prince assassiné, qui demandevengeance, sans que cette apparition fût une ressourceabsolument nécessaire à une intrigue embarrassée:je dis qu alors ce prodige, bien ménagé, ferait untrès-grand effet en toute langue, en tout temps 8c entout pays.
Tel est , à peu près, l’artifice de la tragédie deSémiramis, (aux beautés près, dont j e n’ai pu l’orner.)On voit dès la première scène que tout doit se fairepar le ministère céleste ; tout roule d’acte en actesur cette idée. C’est un dieu vengeur , qui inspire àSémiramis des remords qu’elle n’eût point eus dans sesprospérités, st les cris de A r inus même ne fussent venussépouvanter au milieu de fa gloire. C’est ce dieuqui se sert de ces remords mêmes qu’il lui donne,pour préparer son châtiment ; Sc c’est de-là mêmeque résulte sinstruction qu’on peut tirer de la pièce.Les anciens avaient souvent dans leurs ouvrages lebut d'établir quelque grande maxime ; ainsi SophocleUnit son Qedipe en disant qu’il ne faut jamais