Band 
Tome dixieme.
Seite
128
JPEG-Download
 

LA HENRIADE.

12 8

Le dépit & la crainte agitaient leurs pensées ;Quand soudain mille voix, jusqu’au ciel élancées,î’ont par-tout retentir, avec un bruit confus,

Aux armes, Citoyens, ou nous sommes perdus.

Les nuages épais que formait la poussière,

Du soleil dans les champs dérobaient la lumière.Des tambours, des clairons le son reïnpli d’horreur,De la mort qui les fuit était l’avant-coureur.

Tels des antres du Nord échappés fur la terre,Précédés par les vents 8c suivis du tonnerre,

D’un tourbillon de poudre obscurcissant les airs,Les orages fougueux parcourent l’univers.

C’etait du grand Henri la redoutable armée,Qui, lasse du repos Sc de sang affamée,

Pesait entendre au lcin ses formidables cris,Remplissait la campagne 8c marchait vers Paris.

Bourbon n’employait point ces momens salutairesA rendre au dernier roi les honneurs ordinaires,

A parer son tombeau de ces titres brillansQue reçoivent les morts de l’orgueil des vivans ;

Ses mains ne chargeaient point les rives désoléesDe P appareil pompeux de ces vains mausolées,

Par qui, malgré l’injure 8c des temps 8c du fort,

La vanité des grands triomphe de la mort.

II voulait à Valois, dans la demeure sombre,

Envoyer des tributs plus dignes de son ombre,

Punir ses assassins, vaincre ses ennemis,

Et rendre heureux son peuple après P avoir soumis.

Au