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Tome dixieme.
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144 la Henriade.

Sans fiel 8: fans fierté couliez dans la paresseVos inutiles jours , filés par la mollesse ?

Avec les scélérats seriez-vous confondus,

Vous , mortels bienfefans, vous, amis des vertus ,Qui, par un seul moment de doute ou de faiblesse,Avez séché le fruit de trente ans de sagesse ?

Le généreux Henri ne put cacher ses pleurs.

Ah ! s'il est vrai, dit-il, qu’en ce séjour d’horreursLa race des humains soit en foule engloutie, (5)

Si les jours passagers d’une si triste vieD’un éternel tourment font suivis fans retour,

Ne vaudrait-il pas mieux ne voir jamais le jour ?Heureux s’ils expiraient dans le sein de leur mère,Où si ce Dieu du moins, ce grand Dieu si sévère,

A I’homme, hélas trop libre, avait daigné ravirLe pouvoir malheureux de lui désobéir !

N E crois point, dit Louis , que ces tristes victimesSouffrent des châtimens qui surpassent leurs crimes,Ni que ce juste Dieu, créateur des humains,

Se plaise à déchirer l'ouvrage de ses mains :

Non, s’il est infini, c’est dans ses récompenses ;Prodigue de ses dons , il borne ses vengeances.

Sur la terre on le peint l'exemple des tyrans :

Mais ici c’est un père, il punit fes enfans ;

II adoucit les traits de fa main vengeresse ;

II ne fait point punir des momens de faiblesse,

Des plaisirs passagers, pleins de trouble 8c d’ennui,Par des tourmens affreux, éternels comme lui. (6)

Il dit, 8 c dans l’instant l’un 8c l’autre s’avanceVers les lieux fortunés qu’habite l’innocence.

Ce