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ouvrage qu'il fut privé de la vue. II se trouva pauvre,abandonné & aveugle, 8c ne fut point découragé. IIemploya neuf années à composer le Paradis perdu.II avait alors très-peu de réputation ; les beaux-efpritsde la cour de Charles II ou ne le connaissaient pas, oun'avaient pour lui nulle estime. II n’est pas étonnantqu’un ancien secrétaire de Cromwell , vieilli dans laretraite, aveugle Sc fans bien, fût ignoré ou méprisédans une cour qui avait fait succéder à l’austérité dugouvernement du protecteur toute la galanterie de lacour de Louis XIV, 8c dans laquelle on ne goûtait queles poésies efféminées, la mollesse de Waller, les satiresdu comte de Rochefter 8c l’esprit de Cowley.
Une preuve indubitable qu’il avait très-peu deréputation, c’est qu’il eut beaucoup de peine à trouverun libraire qui voulût imprimer son Paradis perdu.Le titre seul révoltait, 8c tout ce qui avait quelquerapport à la religion était alors hors de mode. EnfinTompfon lui donna trente pistoles de cet ouvrage , quia valu depuis plus de cent mille écus aux héritiers dece Tompfon. Encore ce libraire avait-il si peur de faireun mauvais marché, qu’il stipula que la moitié de cestrente pistoles ne serait payable qu’en cas qu’on fitune seconde édition du poème : édition que Miltonn’eut jamais la consolation de voir. II resta pauvre 8cfans gloire : son nom doit augmenter la liste des grandsgénies persécutés de la fortune.
Le Paradis perdu fut donc négligé à Londres, 8cMilton mourut fans se douter qu’il aurait un jour dela réputation. Ce fut le lord Somers 8c le docteurAtterhury , depuis évêque de Rochester, qui voulurentenfin que l’Angleterre eût un poème épique. Ils
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