Ambassade de Si am. 413
lui ayant demandé ce qu’il trouvait de plus singulierà Versailles, il répondit : C'ejl de niy voir.
Isextrême goût que Louis XIV avait pour leschoses d’éclat fut encore bien plus flatté par l’am-baflade qu’il reçut de Siam , pays où l’on avait ignoréjusqu’alors que la France existât. II était arrivé, parune de ces singularités qui prouvent la supérioritédes Européens fur les autres nations , qu’un grec ,fils d’un cabaretier de Céphalonie, nommé PhalkConfiance, était devenu barcalon: c’est-à-dire premierministre ou grand-visir du royaume de Siam. Cethomme, dans le dessein de s’affermir 8c de s’éleverencore, 8c dans le besoin qu’il avait de secours étran-gers, n’avait osé se confier ni aux Anglais ni auxHollandais ; ce font des voisins trop dangereux dansles Indes. Les Français venaient d’établir des comp-toirs fur les côtes de Coromandel, Sc avaient portédans ces extrémités de l’Asie la réputation de leurroi. Confiance crut Louis XIV propre à être flatté parun hommage qui viendrait de si loin fans être attendu.La religion , dont les ressorts font jouer la politiquedu monde depuis Siam jusqu’à Paris, servit encoreà ses desseins. II envoya, au nom du roi de Siam sonmaître, une solemnelle ambassade avec de grandspréscns à Louis XIV, pour lui faire entendre que ceroi indien, charmé de fa gloire , ne voulait faire detraité de commerce qu’avec la nation française, 8cqu’il n’était pas même éloigné de se faire chrétien.La grandeur du roi flattée, 8c sa religion trompée ,l’engagèrent à envoyer au roi de Siam deux ambas-sadeurs 8c six jésuites; 8c depuis il y joignit desofficiers avec huit cents soldats ; mais l’éclat de cette
Ambassadedes Siamois.
1684.