IX
il raient au temps de la vertu romaine. Plus rien de frivole en France , pas mèmelajeunesse qui parut toutà coup passer à l'âge mûr. Il ne lui resta de traits qui la fis-sent reconnaître (pie celte candeur d’intentions, ce désintéressement absolu, etl’éclat du courage, ses anciens attributs. Dans les cités commedans les camps, lajeunesse prit pour elle tous les périls du dedans et du dehors. Ils appartenaient ala jeunesse les ardents défenseurs de la cause publique, dans le forum ou dansle sénat; ils appartenaient aussi à la jeunesse les héros qui nous firenttriompher de l’Europe . Sous le rapport de l’abnégation de ses intérêts,du dévouement sans bornes, et des prodiges opérés pour l'affranchissementet le salut de la France , il y eut là quelques années qui feront un éternel hon-neur à la nation. On put croire, à cette époque , que nous allions remonter ,par les lois, par les opinions et par la guerre, à la pureté républicaine, sansperdre l’élégance de nos mœurs et de notre politesse. Mais bientôt, en outranttout, en voulant nous transformer tout à coup, et imposer le régime de Sparte et de Rome à une nation civilisée qui aime les arts, les jouissances del’esprit, les plaisirs du goût et l’urbanité ,on s’exposa nécessairement à nousrejeter vers le passé dont on aurait voulu abolir jusqu’à la mémoire. Celteviolence contribua, encore plus peut-être que les excès de la terreur, à laréaction qui éclata aussitôt après le 9 thermidor, réaction qui fut si san-glante en invoquant le saint nom de l’humanité. le ne peindrai pas la jeu-nesse de cette époque de transition. Égarée par des sentiments légitimes dans leprincipe, excitée pur des imprudents qui, encore tout tremblants de la peur qu’ilsavaient ressentie eux-mêmes, au moment où ils faisaient tant de peur à tout lemonde, agitée par des passions politiques qu’un parti puissant attisait pourles exploiter au profit de l’ancien régime qu’il espérait ressusciter, enflamméepar vingt journaux qui mettaient chaque jour le feu à toutes les têtes incan-descentes , une partie de cette jeunesse tomba dans les plus déplorables égare-ments , ainsi que tous les hommes engagés dans la lutte entre la république,blessée à mort quoiqu’elle parût encore pleine de vie, et la royauté qui aspi-rait à renaître. On se rappelle avec effroi les compagnons de Jésus et du Soleil,et leurs sanglantes expéditions dans le midi. Les fils des meilleures famillesdevinrent des assassins et des brigands non-seulement tolérés mais encore en-couragés, et que la tardive sévérité des lois eut la plus grande peine à réprimer.
Les armées se préservèrent de toute cette contagion, et, comme ellesn avaient eu aucune part aux excès de l’action, elles furent étrangères auxemportements de la réaction ; elles furent aussi préservées d’une singulièremétamorphose qui se fit remarquer dans la cité. Sur la frontière, nos