braves soldats, en présencede 1 ennemi, et déjà négligés par une administrationfaible et désunie qui avait succédé à l’administration vigoureuse et compactedu comité de salut public, supportaient, pendant un hiver des plus rigoureux,toutes les privations, bravaient en plein air toutes les intempéries, et ne son-geaient qu’à vaincre ou à mourir. A la même époque, dans une partie de laFrance, et surtout à Paris , une folle ivresse de plaisirs emporta tout à coup lasociété. Tous les âges se précipitèrent avec une sorte de fureur dans toutes lesjouissances dont on les avait sevrés. C’étaient des festins de Lucullus, c’étaientdes bals aussi brillants que ceux de Marie-Antoinette à sa villa du petit Tna-non; c’était une répétition journalière des saturnales de la régence, au mo-ment où la cour se hâta de déposer le rôle d’hypocrisie que lui avaient im-posé la tristesse et la dévotion du grand roi. Étrange contradiction du cœurhumain ! I.es héros de ces fêtes étaient des hommes et des femmes qui pleu-raient , disaient-ils, leurs parents immolés à une espèce de divinité inexorablecomme la Fatalité des anciens, et pourtant ils dansaient et se réjouissaientau milieu de leurs transports de haine pour la république, et des projetsde vengeance qu’ils exécutaient ou méditaient contre les terribles adver-saires dont l’aspect les faisait trembler encore. Voici maintenant une autreanomalie, mais d’un caractère moins sérieux, et qu’il faut néanmoins citercomme un trait de la physionomie du parti qui donnait un aussi étrange spec-tacle. Tandis que les femmes, interrogeant les statues antiques, adoptant lecothurne, la coiffure, la tunique des femmes d'Athènes et de Rome , brillaientde la plus rare élégance sous de légers vêlements qui nous les montraientpresque sans voile, comme Aspasie ou Pliryné apparaissant aux regards
d’un peuple enthousiaste de la beauté, lesjeunes gens, qui avaient taxé de simpli-cité grossière le costume des républicainsdu temps, se présentaient sous un aspectrebutant et ridicule. On les rencontraitpartout avec ce qu’ils appelaient des ca-denettes, c’est-à-dire avec leurs cheveuxnattés et relevés derrière la tête commeceux des soldats suisses de la garde royale;sur les deux côtés de leur figure descen-daient des touffes de cheveux qui repré-sentaient des oreilles.de chien; leurs colsétaient emprisonnés dans une cravate énorme qui, enveloppant le bas du visage