XI
et le menton, semblait cacher un goitre ; ajoutez à ce bizarre déguisementune espèce de sarreau de drap qui descendait le long du corps sans marquerla taille , et dont les larges manches permettaient à 'peine la vue de l’extrémitédes doigts. Ces mêmes coryphées de lamode portaient à la main .un bâton noueuxet tortu, pour attaquer leurs adversaireslorsqu'ils croiraient l’occasion favorable.
Telsétaienl les chevaliers des plus brillantesfemmes des salons do Paris . Telle était lamilice volontaire qu’on appelait la jeunessedorée de Fréron , et qui faisait avec un zèlegratuit et une vigilance passionnée la po-lice de la capitale dans les spectacles, dansles jardins publics , sur les boulevards,contre les révolutionnaires désignés sous lenom de terroristes. Paris laissait faire;maisil marquait déjà le moment où il mettraitun terme à ces levées de boucliers (pii por-taient le trouble au lieu de rétablir l’ordre.
Celte époque de vertige et de déclin pour une partie de la société, semblableà l’écume qui bouillonne sur une mer longtemps agitée, ne pouvait durer.
Les études recommençaient dans les institutions particulières et dans lesécoles centrales ; la jeunesse studieuse y accourait avec une envie extrêmede profiter d’une instruction solide et variée ; elle reprenait des mœurs plusdouces et des habitudes plus paisibles. En même temps, et sans que la contagiondu dehors eût pu les atteindre, les élèves delà première école polytechnique for-maient, sous les auspices de Monge, de Tlertbollet, de Fourrier, de Prieur de laCôte-d’Or, cette pépinière d’hommes distingués qui sont devenus l’une desgloires de la France , en lui rendant d'immenses services. On ne conçoit pas tantd application , tant de travail, de si profondes études , de si grands progrès ,à côté de tant de légèreté, de folie, d’emportement de plaisir et de dangereuseexaltation dans une autre partie de la population. Qu’elle était belle à voir cettejeunesse d’une stature élevée, d’une force de corps remarquable , d’un aircalme, initiée aux mystères de la science, et toujours prête à offrir ses connais-sances , son bras, son zèle et son épée au premier signal delà patrie, qui pouvaitles réclamer a tout moment! Que de beaux noms cette école a semés dans touteI Europe et gra\és en traces ineffaçables dans nos annales civiles et militaires !