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LA LION NK.
l'arislocratic anglaise. M. Armand Dureynel, qui se piquait de suivre exactement leslois du bon genre, aurait renoncé a,la moitié de la dot de sa femme, plutôt qu’à cevoyage sentimental qui donne à la lune de miel un reflet d’élégance et de haute dis-tinction. Alix ne lit pas la moindre résistance. On venait de lui dire qu’une femmedoit suivre son mari; elle avait juré de se conformer aux commandements de lacharte matrimoniale, et ce n’est pas dès le premier jour qu’elle aurait commencé àenfreindre ses devoirs d'épouse obéissante. Elle monta donc gaiement en chaise deposte, et recevant à la fois une double initial ion, elle entra en même temps et augrand galop dans le charmant exercice de la vie conjugale et de la vie fashionahle.
Dix ans se sont écoulés depuis ce pèlerinage. Lancée par l’hymen dans une carrièrebrillante, madame Dureynel fut bientôt citée parmi les divinités de la mode pari-sienne, et aujourd’hui elle figure avec avantage dans cette élite de merveilleusesque l’on rencontre à toutes les solennités élégantes; infatigables amazones, dédai-gnant les paisibles récréations de leur sexe, et abdiquant le doux empire des grâcesdiscrètes pour suivre nos dandys à la course, et se mêler aux grandes et aux petitesmanœuvres du Jockey’s-Club ; reines du monde cavalier, que l’on a surnommées lesLionnes, pour rendre hommage à la force, à l’intrépidité et à l’inépuisable ardeurdont elles donnent chaque jour tant de preuves.
La femme libre réclame tous les droits et privilèges que les lois et les mœurs ontréserves à l’homme; elle veut être admise au partage de la puissance dans tous sesdegrés, du gouvernement dans lous ses emplois, de l’œuvre sociale dans toutes sesfonctions; — la lionne est moins ambitieuse; elle enferme son émancipation dansdes bornes plus étroites, et, laissant au sexe le plus fort le des affaires etle maniement d’une autorité banale, elle ne demande, ou " elle ne prend quela facile liberté de partager les plaisirs , les usages, les façons, les fatigues, les al-lures , les travers , les ridicules et les grâces de l’homme élégant. Pour tout le reste,elle ne demande pas mieux que de demeurer femme. Dans les pratiques de la viefashionahle seulement il lui faut des franchises illimitées.
Mais ici, l'analyse est insuffisante si l’ôn veut que le portrait soit complet. Êtes-vous curieux de connaître la lionne dans toutes les nuances de son caractère, danstous les détails de son existence publique et privée? Passez une journée avec ma-dame Dureynel.
Entrons donc dans ce petit hôtel nouvellement bâti à l’extrémité de la Chaussée -d’Antin. Voyez quelle charmante habitation ! N’admirez-vous pas l’élégance de ceperron, la noblesse de ce pérystile, le choix de ces fleurs, la verdure de ces ar-bustes exotiques, la grâce de ces statues? Peu de lionnes sans doute ont une cageaussi belle. Mais, hâtez-vous, il est déjà huit heures, et les lionnes sont diligentes.— Madame Dureynel vient de se réveiller; elle sonne sa femme de chambre, quil’aide dans sa première toilette du matin ; ces soins ne prennent qu’un quart d’heure ;pnis la lionne congédie sa camériste, en lui disant :
— Allez, mademoiselle, et faites venir Job.
L’appartement de madame Dureynel mérite les honneurs d’une description. Ilse compose de quatre pièces décorées dans le stylo du moyen âge. La chambre à