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Tome second.
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LA U ON N K.

Après lui, ce seront les autres!... Vous direz à Joseph que je n'y suis pas ce malinpour les gens d’affaires; j’attends du monde à déjeuner, et je ne veux pas êtredérangée.

Job se-retire, et la lionne restée seule se livre a quelques réflexions sérieuses.

11 faut pourtant, se dit-elle, que je me débarrasse de mes créanciers. Autrefois,quand ces gens-là se permettaient d’être indiscrets, on les faisait jeter à la porte, etquelquefois même par la fenêtre. C’était un bon temps pour les personnes de qua-lité ! Aujourd’hui, c’est différent : payer est le seul moyen de ne pas être importuné,et comme on est toujours obligé d’en finir par là, le mieux est de s’acquitter le plustôt possible... Voyons : ce que je dois à Crémieux,à Verdier, à ma marchandede modes,au tailleur, au sellier, à ma lingère et à mon armurier, s’élève à 20,000 fr. environ.Je comptais sur la chance des courses pour m’aider à combler cet arriéré ; mais, aucontraire, j’ai été d'un malheur inouï dans tous mes paris . Maintenant, il n’y a plusque deux partis à prendre : faire des économies, et ce serait bien long et bien diffi-cile; ou vendre un coupon de rentes, ce qui est plus sûr et plus expéditif.

Dix heures sonnent sur ces entrefaites, et Joseph, le valet de chambre, vient an-noncer à madame Durevnel que son maître d’armes est là, et demande si elle prendraleçon ce matin.

L’escrime a été recommandée à madame Dureynel par son médecin, excellentdocteur de lionnes, habile à ne conseiller que ce qui peut plaire, et à réglerses ordonnances sur le caractère, les habitudes, les goûts et les passions de sesclientes:—système médical qui fait fortune dans le beau monde. Les lionnes seplaisent à tous les exercices masculins; l’escrime d’ailleurs est un passe-temps salu-taire à la santé, favorable à la grâce des mouvements et au développement de labeauté. Madame Dureynel, qui a déjà quatre ans de salle, ne se servira sans doutejamais de son talent pour se battre en duel avec une rivale ou une ennemie, commel’ont fait, dit-on , de grandes dames et de célèbres comédiennes de l’ancien régime ,mais elle se trouve fort bien d’une gymnastique qui lui a ôté ses migraines, ses va-peurs, et autres incommodités frivoles qu'une bonne lionne laisse aux femmeletteset aux mijaurées.

— Non , répond madame Dureynel, je ne prendrai pas ma leçon aujourd’hui ;d’autant mieux que voici mes convives. Faites servir le déjeuner.

Les convives de madame Dureynel sont deux lionnes, ses plus intimes amies, ou, comme elle les appelle, ses plus chères camarades. Madame de Tressy et ma-dame Primeville donnent une franche poignée de mains à la maîtresse de maisonqui leur dit :

Je vous ai averties que ce serait sans façons : un véritable déjeuner de garçons .rien de plus : des huîtres, un pâté de foie gras, et quelques bagatelles ; par exemple,j’espère que l’on n’aura pas oublié le vin de Champagne frappé de glace.

On se met à table, une large brèche est faite au pâté ; les bagatelles se présententsous la forme copieuse et solide d’un chapon truffé et de divers autres plats de mêmeimportance. Les trois lionnes mangent de tout, de manière à soutenir l’honneur deleur nom, c’est-à-dire avec un appétit vraiment léonin. N’cst-il pas bien naturel