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Tome second.
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L’HUMANITAIKL. VJ

leur secret; comme ce secret est la transparence môme, ce serait commettre uneindiscrétion. L’amertume actuelle de leur prédication ne rend que plus saillantel’accusation d’apostasie qui leur est jetée a la face par les soldats des rangs dont ilssortent. Toute méliance préalable rend certains rapprochements fort délicats. L’hu-manitaire est en état de suspicion devant ses anciens amis politiques, et toute suspi-cion porte un caractère réquisitorial. On le présume idolâtre ou gagiste du gouver-nement, parce que, de mémo que tel chanteur dont la voix a peu d’étendue et quil *ont à ce que l’on ait égard â cette inlirmité, l’humanitaire n’aime pas plus le reten-tissement des coups de feu dans les bocages légitimistes de la Vendée , que le ton-nerre des barricades dans les carrefours républicains de la métropole. Les distractionsnationales de la guerre civile enlèvent périodiquement à l’humanitaire un auditoirequ il a bien de la peine à manier ; l’humanitaire en a pour un mois à reprendre lel‘l Je ce que l’auditoire a perdu. A quelque chose malheur est bon ; la propagande ases fatigues, et ces temps de halte lui sauvent des plithisies laryngées.

Entre eux (quand ils se tolèrent entre eux, chose rare! ), les humanitaires, ca-lomniés par les partis, ignorent, la plupart du temps , à quelles opinions fragmen-taires ils ont eu réciproquement le malheur originel d’appartenir. On en cite unexemple. Deux humanitaires travaillaient matin et soir ensemble depuis dix mois,âu milieu d’un parterre, l’un d’eux s’arrêta devant une pervenche, — Tu songes aJean-Jacques ! —Non ! Cette fleur me rappelle le jardin du château de la Penissière.~~ Ah, hah ! connaîtrais-tu cet endroit? — Si je le connais ! je l’ai vu brûler. J’étaisau nombre de ses défenseurs ; ne le savais-tu pas? — Mon Dieu , non ! je figuraisParmi les assiégeants, et je te donnais la chasse ! — Tiens ! tiens ! tiens ! je te croyaisr °yaliste ! —Ce que c’est que l’idée! je te trouvais une tournure de républicain.

h’anecdole est vraie, mais elle est invraisemblable; et madame dç Genlis, par lafidélité de ses citations , a tué la valeur du mot historique.

Uevcnons sur le mot fragmentaire souligné plus haut, adjectif de création liuma-uitaire, dirigé contre les opinions qui s’excluent tour a tour. Pour l’humanitaire, lelégitimiste, lejuste-milieuetle républicain, fractions indispensablesd’unseulet mêmel °ut, ils sont nécessités par la force des choses ’a vivre dans la réciprocité des coupsde poings, ou dans la solidarité des satisfactions. Ils ont le choix ; l’Unité qui régit leutonde, ne leur permet que ces deux alternatives. L’humanitaire, qui pourrait s’ap*Peler aussi le trinitaire, démontre que toute mécanique marche par la juxta-posilionde trois ressorts essentiels dont nos divers partis ne sont a leur insu que les analo-gues; il couronne son idée par cette métaphore que l’arbre de l’humanité doit porterfoutes ses branches, les branches aînées comme les branches cadettes, expressionlarge qui doit satisfaire a la foisGoritz, Sainte-Hélène et le Carrousel, quand le Car-rousel, Sainte-Hélène et Goritz y mettront de la bonne grâce.

J’ai qualifié de rare la tolérance des humanitaires entre eux. Je n’en démordrai pasquoi qu’il m’en coûte. Ils restent a l’égard les uns des autres dans le morcellementdont ils font la critique, et n’essaient nullement de sc conformer aux conseils de ral-liement qu’ils professent. Ils sont voués a l’inanition, au vagabondage et au suicide.Eapostasie les décime a leur tour. Pas de capitaine qui prévienne leur déroute!...