Band 
Tome second.
Seite
52
JPEG-Download
 

52 LE GENDARME.

darme, e’est-à-dire de vous sauver la vie et la fortune tant que vont durer vosvoyages.

S’il vous demande votre passe-port, c’est entre les dents, humblement, la mainau chapeau. C'est sou devoir. Pure formalité. Du reste, il y jette à peine les yeux , ilse fie à vous, il vous le rend aussitôt, ce passe-port, lui qui en a tant vu de faux, luiqui a taut vu tromper, mentir, voler , et qui pourrait être si méfiant; il vous lerend avec les mômes égards, il vous salue, il vous honore, c’est lui qui vous re-mercie de lui laisser faire son devoir. S’il se montre plus difficile, s’il vous semblesévère,' minutieux, c’est pour votre bien , il y va de vos intérêts; il a ses raisons,la route est menacée ; quelque vaurien vous suit ou vous précède, qui vous détrous-serait infailliblement, vous serez bien aise qu’il en agisse de même avec ce vaurien.

A cette heure, voici qu’il part pour une de ces rondes sans but, pour ces coursesvagues à travers champs que lui seul est capable d’entreprendre, car tout est de sonressort dans le pays, les prés, les bois, la route, le hameau, la voiture, la mairie,l’église", l’octroi ; il répond de tout, il a tout a voir et'a surveiller. L’arrondissemententier s’endort sous sa garde.

11 va donc voir le long de l’eau, si quelque ligne en contravention n’y plongepas a la dérobée ; dans les taillis, cet homme qui dort à l’affût, un fusil en joue;dans les vergers, si les maraudeurs tentent l’escalade a la tombée de la nuit; par-tout, ces vagabonds sans aveu qui cherchent l'ombre et qui ont leurs raisons. Autantvaudrait épier au hasard le héron qui pêche, le lièvre qui broute, l’araignée quifile. S’il ne voulait pourtant que surprendre et punir, s’il avait soif de proie et d’a-mendes, s’il mettait sa gloire a la confusion du coupable qui le brave, il ne lientqu’à lui. Qu’il cache son uniforme, qu’il prenne cet habit couleur de muraille,qu’il devienne un bourgeois dont nul ne se méfie : il tombe en plein et sans coupférir sur le flagrant délit. Mais ce moyen lui répugne, il n'en use qu’à l’extrémité,quand il s’agit de la vie de ses concitoyens, non plus de la sienne. Alors c’est encoreun sacrifice à son devoir. Car encore une fois il n’est pas un mouchard, il est unsoldat; il combat face à face, il porte fièrement sa cocarde, et son harnais éclatantmontre au loin sa poitrine aux coups du plus lâche assassin.

Tl garde donc cet uniforme qui avertit les délinquants, qui leur fait peur et qu’ilsmaudissent, et qui recouvre tant de mesure et de miséricorde. Il leur laisse letemps de s’enfuir ; il s’émeut en lui-même, il prend pitié de ce père de famille qu’ungoujon ruinerait en amendes, de cet étourdi qui nourrit sa mère et qu’un lapin vajeter en prison; il s’effraie d’un long procès pour ces misérables,il résout ces calculsqu’ils ne savent pas faire, il tire ces conséquences qu’ils n’ont pas voulu voir; il pèse,réfléchit, examine pour eux. Il ne veut point dépouiller la chaumière, mais non plusle château ; il respecte le riche, mais aussi le pauvre : il n’a pas tant à punir celui-ciqu’à protéger celui-là. C’est d’ailleurs, disent ces braves gens, l’ordre et l’espritde l’institution : — La gendarmerie ne doit pas seulement poursuivre le crime,mais surtout le prévenir.

En effet, ces faisceaux de la loi promenés dans les campagnes préservent et gar-denl ; bien des consciences se sont raffermies, bien des pécheurs sont rentrés en