LE GENDARME.
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eux-mêmes rencontrant le châtiment face a face. Ce sabre nu a fait rengainer bien•les couteaux, ces revers d’un rouge de sang ont épouvanté bien des assassins, cesMenottes ont arrêté bien des bras furieux et affamés que rien n’arrêtait plus.
C’élait un de ces vieux soldats qui nous donnait un jour ces détails dans une voilurepublique. Il raisonnait de son état d’un ton simple et mélancolique, sans se plaindre,sans se vanter. 11 ne semblait pas se douter qu’on pût l’admirer ou le honnir. Cesvertus, pour lui, tenaient à l’état; cet état, pour lui, était ordinaire. Il parlait du dé-vouement comme d’une consigne. Quant h nous , nous regardions de tous nos yeuxcet uniforme poudreux, ces traits sillonnés, cet œil pur et doux, ce visage guerriersans moustaches, ce courage sans rudesse. Nous arrivâmes. C’était dans la Bourgogne .II descendit et nous salua; il n’était pas de service, il n’avait pas songé a voir nosPapiers ; il nous salua donc, nous tenant pour honnêtes. Une jolie enfant de cinq ansl’attendait un panier à la main. Il lui sourit de loin, il courut a elle, il l’enleva atrois reprises dans ses bras : c’était sa fille. Ils s’en allèrent, l’enfant bondissant à pas'•légaux, le père ralentissant sa marche, le petit panier d’une main, le petit enfantde l’autre , et se penchant de temps en temps pour l’écouter et l’embrasser encore.Nous les suivions cependant du regard et de la pensée, et songeant aux terriblesfonctions de cet homme, et voyant ces baudriers et cette lourde épée s’abaisser ainsi‘levant cette enfant, nous ne saurions dire ’a présent ce qu’avait de triste et de tou-oliant cette scène; ce père qui était gendarme, ce gendarme qui était père.
Mais qu’est-ce donc qui distrait le gendarme de ses durs labeurs? et pourquoi levient-on chercher chez lui, parmi les siens, au milieu de la nuit? Un homme est con-damné à mort, l’échafaud est dressé, la foule afflue dans la place, les honnêtes gens fer-Mcnt leurs fenêtres et se cachent dans leurs maisons. Le cortège va sortir de la geôle.Qui voudrait pénétrer dans cette prison, auprès de cet homme qui va mourir? quivoudrait assistera cette agonie du supplice, entre le criminel et le bourreau? quiPrêterait la main a ces horribles apprêts que ne soutiendrait pas elle-même la fouleféroce qui hurle dehors ? qui accompagnerait ce cadavre jusqu’au pied de l’écha-faud? qui oserait demeurer le garde et le serviteur de la loi quand elle accomplitdes choses si terribles? qui oserait passer aux yeux de ce peuple pour le satellite duMeurtre, pour l’homme inexorable qui le veut, qui l’appuie, qui le protège? quipourrait-on forcer à regarder du plus près, au premier rang, d’un œil sec, d’un frontoalme, cette hache qui tombe , cette tête tranchée, ce cadavre qui se tord, ces Ilotsde sang sur ces planches infâmes ; et qui donc cependant garderait un visage ferme0,1 se sentant défaillir ?
Le gendarme s’avance au pas militaire, écarte doucement la foule, soutient lecondamné s’il chancelle, lui répond s’il parle, s’arrête l’arme au bras et attend im-•nobile. — La tête ronle , le sang jaillit jusqu’à lui. — H s’essuie le visage, puis ilSe n retourné grave et pensif. 11 embrasse sa femme en silence , il serre ses enfantscontre sa poitrine, il caresse ces têtes blondes et il frémit de ce qui s’est passé. Cevieux brave a eu peur, ce vétéran de tant de batailles a horreur du sang ainsi’épandu, il n’est plus qu’un bourgeois vieilli dans scs foyers, des visions sanglantespoursuivent, des rêves hideux vont troubler son sommeil.