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Tome second.
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LE GENDARME.

chaîne à lâcher, qu’à fermer les yeux un instant : tout cet or est à lui, sans effort,sans travail. On le tente à toute heure, on l'éprouve de toute façon; on l’a éblouide sommes énormes en sa vie, et cette pensée ne lui est jamais venue de faillir unmoment à ses redoutables devoirs.

Que vous dirai-je encore? Voulez-vous compter ses services, comptez les fléaux :comptous-nous ses bienfaits, comptons les malheurs. L’incendie s’allume dans lacampagne , le feu dévore une grange, il se jette le premier dans les flammes, linobête féroce ravage les environs, il guidera les battués. Des brigands infestent lesbois, il attaquera les brigands. Et dans ces périls renaissants, dans ces coursesaventureuses, dans cette misérable guerre sans gloire, qu’on l’entoure dix contreun, qu’on lui crie de se rendre, qu’il soit sûr de mourir, il n’hésitera point, il nerecule jamais, la loi meurt et ne se rend pas, il faut que force reste à la loi; et s’iltombe alors, s’il est vaincu, s’il expire criblé de coups, ce sang, diles-moi, ce sangrépandu obscurément, dans un champ, au coin d’un bois, sur le seuil de notrefoyer, s’en est-il versé de plus pur à Fontenoy ou a Waterloo ?

Mais enfin, quelle récompense pourra payer de si longs et si rudes services? quellecouronne civique gardons-nous à notre infatigable défenseur? quel est le prix, pourla société, de cette vie et de cette mort du gendarme? Les invalides s’il vieillit, l’hô-pital s’il est malade, un coin de terre s’il meurt. Tant qu’il exerce son dur métier,tant qu’il nous garde, tant qu’il se dévoue, trente sous par jour je l’ai dit! trentesous et le mépris de ses concitoyens, la rancune des fripons, la raillerie des sols,les haines d’une politique imbécile, les malédictions de la foule, les huées des en-fants, le pilori du théâtre et les bons mots des plus méchants farceurs qui ne luifont pas de trêve et qui frappent à cet endroit sans relâche, tant ils savent que l'a estla patience, le parfait courage et la parfaite résignation.

Si bien qn’ils l’ont a peu près tué, cet excellent et utile gendarme. Les brocardsl’ont entamé, les pavés ont fait le reste , ces choses se valent en France . 11 s’éteintdonc tous les jours, et en lui va périr ce mot qui restait dans la langue d’un fier etnoble état d’autrefois: je veux dire le beau nom qu’il portait gens d’armes, hommesd’armes. En effet, ce gendarme était dans nos fastes, le reflet d’une grande gloire, ledernier neveu, non indigne, des gens d’armes de Bayard et du roi Henri.

Car, avant de finir, admirons ceci. Le gendarme n’a eu qu’à changer de nom etd’habit pour se faire aimer de ce peuple qui le maudissait. 11 s’appelle garde mu-nicipal à Paris . On l’exécrait eu revers rouge, on le supporte en revers jaune. C’estle même homme, le même gendarme. Il y a la différence d’un galon. Et puis qu’onprenne en souci les colères et les fanlaisies de cétte folle nation que nous sommes !

Edouard Ourliac .

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