LE PÊCHEUR DES BORDS DE LA SEINE . ^9
d'i bord, pour ne point effaroucher le poisson, pas trop loin, afin de pouvoir, d'unc °up d’œil, choisir le théâtre de ses exploits. Le hasard ou le caprice n’ont pas seulsl )r esidé a la coupe, à la couleur de ses vêtements. La veste ou la blouse courte etdroite, sans plis qui puissent aller au devant de l’hameçon et l’accrocher au passagef iuand il lance la ligne ou qu’il la ramène pour renouveler les amorces, point decouleur trop voyante, mais un vert tendre qui se perde parmi les herbes et lesau-,1Crs de la rive, un chapeau de paille, dont les larges bords le préservent contre les °leil : voilà l’ordonnance de son accoutrement.Tout son luxe est dans ce faisceau ar-mement noué, de cannes, à la fois solides, légères et flexibles, avec leurs scions oubaguettes de rechange; tout son luxe est caché dans ce sac de cuir noir, en forme( ' e valise qu’il porte allègrement sur son dos. Rien ne manque à cet arsenal du pê-clieur, ni la sonde en plomb qui doit l’aider à connaître la profondeur de l’eau, nis aiguilles à amorcer pour pêcher le brochet ou la truite, ni le grapin pourdécro-®' ,er les lignes, ni le dégorgeoir, ni les moulinets pour la ligne courante, ni le porte-euilles de mouches artificielles, ni la boîte garnie d’hameçons.
Priez-Ie d’ouvrir devant vous ce véritable carquois, si vous voulez connaître l’im-Portance qu’il a mise au choix de cette arme décisive! Voyez comme ses hameçons,P'quants produits de l’Irlande ou de l’Angleterre, sont larges et solides dans leur''Pplatissement, cambrés gracieusement sur le côté, voyez comme le dard est petit,c °mme la languette est incisive! La bonté de l’hameçon est pour le pêcheur ce*l u est lajustesse du fusil pour le chasseur. Ni l’une ni l’autre ne donnent l’adresse,'Pais elles la servent si admirablement, qu’à mérite égal, l’homme bien outillé ouj'PPvenablement armé, l’emporte sur celui qui ne l’est pas, au même degré quehabile et l’expérimenté sur le maladroit et le novice.
Les connaissances du pêcheur ne se bornent pas au choix des ustensiles qui doiventa 'der à sa passion, il sait quel appât convient le mieux au poisson qu’il poursuit, ilquels endroits ce poisson fréquente le plus volontiers, quelle époque est la plusv °rable à sa capture ; il a calculé la pesanteur et les forces de la proie, afin de leurP r °Portionner les moyens d’en triompher.
Les chances de la pêche varient selon l’état des lieux et du temps. Le pêcheur faitS °P étude constante de ces modifications et de leur cause. Le pêcheur a son calen-ler , il a aussi son horloge. Ses prévisions atmosphériques sont l’une des bases lesI s Cei ’taines de ses succès. 11 tire parti de l’orage, il se fait un aide du vent, et rendPluie elle-même complice de ses victoires. 11 ne fait pas un mouvement, un pas'l"' n’ait son calcul, sa portée, son étude.
^lùneur indifférent, vous l’examinez en passant, et vous dites, en haussant les épau-la S ' “ n’est qu’un pêcheur à la ligne ! » Profane ! cet homme que vous regardez duj de votre orgueilleuse nullité, c’est un naturaliste, car il connaît aussi bien que■ncepède les mœurs, les développements, la demeure habituelle, les appétits des° lss ons qui hantent le lit de nos rivières ; c’est un météorologiste expérimenté, aussi'J'coui ant qu’on peut l’être à l’Observatoire, de la hauteur de l’eau, des changementsniosphériques et des signes qui les annoncent ; c’est un mécanicien adroit connais-"t mieux que personne les lois de la pesanteur, la différence des milieux, la puis-