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LE PÊCHEUR UES ISORDS DE LA SEINE .
sance des leviers. Dans le simple choix de cette place où vous le voyez, il a mis plusde précautions, de connaissances, d’habileté que vous n’en mettez dans les actionsles plus sérieuses de votre vie !
Mal jugé, le pêcheur a bien raison de fuir la foule, et de répéter avec le poètelatin :
Otli profanum vulgus et arceo.
Il ne s’ensuit pas que le pêcheur soit insociable, bien au contraire, et je ne suispas le seul, sans doute, qui ait remarqué cette sympathie si promptement établie aubord de l’eau entre deux pêcheurs qui se rencontrent. Sympathie réelle, reste pré-cieux de cet élan primitif qui entraînait l’homme vers l’homme quand la défiance oul’expérience, qu’on peut nommerl’élude du mal, professée par la civilisation, ne ve-nait pas glacer et retenir cette bienveillance native. En se rapprochant de la naturepar ses plaisirs, on se rapproche de ses douces et généreuses inspirations.
Ainsi que le poète, le pêcheur est oublieux des choses de ce monde. Perdu dansl'ombre qui règne sous les voûtes de ces ponts magnifiques, abrité le long des pierresde ces quais que le géant de notre époque a élevés et alignés de sa main triomphale,entre deux victoires, le pêcheur des rives de la Seine s’inquiète peu des révolutionsqui passent et bourdonnent sur sa tête. 11 écoute le bruit que fait le moindre poissonen s’élançant hors de l’eau à la poursuite de l 'éphémère, et il n’entend pas les crisde l’émeute, les clameurs et les retentissements des luttes populaires. Un trône s’estécroulé à deux pas de lui sans qu’il détournât la tête pour savoir ce qui se faisait là-
C’est du sage ou du pêcheur qu’llorace a dit : Iinpaviclum ferlent mince. Faut-ilciter pour preuve de cette indifférence philosophique, ou, disons mieux, de ce stoï-cisme qui distingue le chevalier de l’hameçon, la rencontre, sous un pont de Pa-lis, de deux pêcheurs célèbres, tandis qu’au-dessus des voûtes retentissaient, endéfilant dans une marche fatalement triomphale, les caissons et les canons des étran-gers prenant possession de la capitale.
En s’apercevant, l’un et l’autre s’arrêtent et s’étonnent; puis, après un instantde silence :
— Monsieur, vous êtes M. D.... ?
— Monsieur, vous êtes M. Coupigny?
— En nous rencontrant nous nous sommes reconnus.
— Nous seuls, monsieur, étions capables dépêcher aujourd’hui ! «
Et, sans plus s’occuper de l’événement qui tenait en suspens l’Europe entière, il*continuent à pêcher de compagnie, parlant beaucoup plus de leurs hameçons que dela lance des cosaques , et de leurs succès que du triomphe des souverains alliés.
Une friture, appétissante conquête de cette double alliance des rois de la pêche ,termina une si mémorable rencontre : c’était autant de pris sur l’ennemi !
M. J. Brisset,