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LE CROQUE-MORT.
deuxième espèce), il ne relève que de l’entreprise des Pompes, et ne diffère sérieu-sement de son camarade de la mairie que par quelques traits. Esclave également deses devoirs comme buveur, il se place sur le même rang pour l’absorption des liquides.Un esprit chagrin se hasarde-t-il à le moraliser sur l’excès de scs consommations, avecl’air malin et l’œil entr’ouvert d’un silène, bégayant plus encore des jambes que deslèvres, il répond jovialement :— Puisque nous sommes aux Pompes, comment vou-lez-vous que nous ne pompions pas. — L’emploi de celui-ci est assez mince et saposition fort précaire; cependant n’allez pas croire que cet aimable fonctionnairepasse toujours aussi rapidement que la beauté ou la rose. Beaucoup blanchissent sousle liarnois. L’un d’entre eux compte a cette heure vingt-sept ans de service ; et nouscalculions l’autre jour que quarante-neuf mille hommes environ lui avaient déjàpassé par les mains !
Aussitôt que la lumière vient éclairer nos coteaux, le croque-mort salue gaiementl’aurore , crie trois fois gloire à Bacchus, et après de nombreuses salves d’eau-de-vieet maintes libations le long de sa route, pénètre bientôt dans le sein de quelque fa-mille dans l’affliction, où avec la componction d'un bourrelier qui taille des crou-pières sur un âne, il mesure non pas l’étendue de la perte que la patrie vient defaire, mais la longueur et l’épaisseur du défunt. — Une jeune fille, belle et rêveuse,ornée des plus doux charmes, Ophelia, si vous voulez, morle en cueillant desllcurs, n’est pour lui, tout bien compté, qu’un cinq pieds sur quinze pouces-Dans la courtisane adipeuse, engraissée dans la fainéantise, dans l’homme sur leretour, dont le ventre a fait boule de neige; dans le financier bourré comme scssacs, il ne voit, pour tout potage, qu’un mètre cube, huit pans. — Huit pans!c’est-à-dire que pour loger les gens obèses, on ajoute par surcroît quatre lés de sapin ;et qu'au lieu de leur faire un habit de quatre planches comme à M. de la Palisse,on leur en fait un octogone.
Le croque-mort croit peu au chagrin et moins encore au deuil, mais il flatte l'unet l’autre ; il se méfie volontiers des regrets, mais il les courtise. 11 sait trop combienil est lucratif de sacrifier aux faux dieux pour ne pas souscrire à la mélancolie deshéritiers. — Un peu d’égard double sa gratification. — Mon Dieu ! il a tant de com-plaisance dans l’âme que pour peu que vous le voulussiez , il verserait des larmes ;que pour dix sous de plus il aurait de la douleur ! — Comme une maîtresse dont lafête approche, comme un portier au mois de décembre, il est d’un gracieux char-mant, d’une amabilité ravissante ! — Il faut le voir comme il tire la sonnette avecmodestie, — comme il parle à demi-voix , — comme il fait mine de supposer unegrande désolation, — comme il traverse l’appartement avec mystère, c’est à peinesi l’on entend scs souliers massifs ; — comme il s’efforce par euphémisme de dissi-muler sous le petit pan de son habit l’énorme bière qu’il apporte ! — Puis , lorsqu ila glissé mollement le trépassé dans le fourreau , il faut le voir, si le sujet est jeune»s’asseoir, le placer amoureusement sur ses genoux ; s'il est-âgé, demander à le pose 1 'sur l’ottomane, — « sur le plancher, dit-il, cela ferait un bruit trop sonore. » &tirant ensuite de sa poche un marteau rembourré pour ainsi dire, et des clous decolon, passez-moi l’hyperbole, fixer doucement le couvercle sans qu'un seul coup