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dre . « Ote-toi de mon soleil. » Seulement vous ôtes bien le maître (le le regarder ; 1°gamin de Paris n’est pas fâché qu’on le regarde : il sait très-bien dans sa justice, q* iece n’est là qu’un prêté pour un rendu. Ainsi il joue, et vous ne sauriez croire commesa main est légère ; aussi, par je ne sais quelle fatalité inexplicable, le gamin deParis gagne toujours : c’est là un des mystères dont ce singulier personnage est en-touré. Quand il a gagné, il achète un cornet de pommes de terre frites , et d’un an'narquois, il les mange à la barbe des passants. Ceci fait, s’il a le temps, il se met alire couramment l’enveloppe de son déjeuner, quelque vieux fragment du Connût 11 'tionnel delà veille, dans lequel il puise la haine des tyrans et l'amour du peuple.Il asoif alors, il se penche en arrière contre la cascade, et dans sa gueule entrou-verte et garnie de dents blanches comme celle d’un jeune chien , il reçoit goutte agoutte l’ondée bienfaisante. Ceci fait, notre homme se souvient qu'il a un maîtrequelque part, un bourgeois, un patron, et qu’il a enfin un emploi à exercer. Aus-sitôt le voilà qui prend sa course à perdre baleine, non pas qu’il ait peur d’être battuou chassé, on ne bat pas le gamin, on ne le chasse pas; bien au contraire un cer-tain instinct le pousse à aimer son maître; mais seulement il l’aime à sa façon etquand il a le temps.
Vous me demandez quel est l’emploi du gamin? Eh! mon Dieu , dites-moi plutôtquel n’est pas son emploi, et ce qu’il ne sait pas faire, et ce qu’il ne fait pas dans 1»vie ; ne savez-vous pas qu’il a la science infuse? Il peut tout, il sait tout, il ne saitque cela, mais il le sait bien : il est forgeron , c’est lui qui fait aller le soufflet ; il estpeintre, c’est lui qui broie les couleurs, il est architecte, c’est lui qui gâche le pla-ire; il est cordonnier, c’est lui qui passe le ül à la poix; il est imprimeur, c’est lu*qui lave les formes; il est notaire royal, car c’est lui qui est la cheville ou-vrière des plus grandes affaires. 11 porte d’une élude à l’autre, ces contrats dans les-quels les plus grandes propriétés changent de maîtres, ces traités d’alliance eut*'®les plus grandes familles; tel saule-ruisseau qui passe en vous éclaboussant, est sou-vent chargé d’une fortune entière et n’en est pas moins léger : de tous les métie*' squ’il exerce en liant et en bas de l’échelle sociale, celui pour lequel le gamin deParis a le plus grand penchant, c’est le métier d’homme de lettres. Voyez-le, c "effet, fièrement coiffe du tricorne en papier, transporter sous son bras, dans ses pé-chés, les histoires sérieuses, les romaus futiles, les drames en prose, les tragéd* eSen vers ; il est le facteur intelligent et dévoué de la petite poste littéraire, il est I ecourrier du drame, le messager de la poésie; les prémices de toute pensée vieil 10ou nouvelle lui sont réservées; il a su le premier que Niéburh avait retranch 0les sept premiers rois de Rome ; qu’Augustin Thierry avait trouvé plusieurs *'° ,! ’qui s’appelaient Clovis; il a su le premier que M. de Salvandy écrivait la vie deNapoléon, et il a trouvé que l’histoire était trop bien écrite: un soir, rent*°chez lui, il récitait, au caniche de son père, les beaux vers encore inédits fl u °M. de Lamartine adresse, dans son Jocelin, à son joli chien Fido. Quefois il a porté dans la même poche deux articles politiques pour et contremême ministreI et lui, par la seule force de son bon sens, il restait inébraulabié entre ces deux exclamations également furibondes. Avec un tact e\q ll|f;