LA DEMOISELLE A MARIER.
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— Bonne raison! dit Diana éclatant de rire involonlairement, malgré la gêne etla contrainte qui avaient paru la dominer depuis un moment.
— Mais oui, pour en finir, reprit mademoiselle de Bussy; vous ne me compre-nez pas, je le vois bien, parce que vous ne savez point ce que c’est en France qued’être cette chose insipide, ennuyeuse et embarrassante qu’on appelle une fille amarier.
— Que ne suis-je encore cette chose-la ! dit Diana en étouffant un soupir.
— Vraiment, reprit mademoiselle de Bussy, je ne suis pas surprise de votre éton-nement. En Angleterre, l’état de jeune fille est une royauté charmante; une jeunefille règne sur tout ce qui l’entoure ; toutes les fêtes, tous les plaisirs sont pour elle :son printemps est plus riant et plus beau que celui de l’année. Tant qu’une An-glaise n’a point subi le joug quelquefois un peu rude du mariage, c’est une reine ,c’est une fée autour de laquelle tout est sourire et bonheur : elle est libre, elle estHère, et dicte des lois a tout ce qui l’approche. 11 y a longtemps qu’on l’a dit, il fau-drait être jeune fille eu Angleterre et femme en France .
— J’aurais assez aimé à cumuler ces deux libertés, dit Diana moitié gaie, moitiétriste.
— II ne tient qu’à vous, chère Diana; venez passer l'hiver prochain à Paris .
— Je ne sais point ce que je ferai l'hiver prochain, je vis au jour le jour, n’ai-mant pas à songer au lendemain : mais dites-moi quelle est l’existence des jeunesfilles en France ; vous ne m’en avez jamais parlé?
— Je ne m’en rendais pas encore bien compte dans ce temps-là ; mais deux ansapportent bien des changements. A notre âge, qui est celui de toutes les curiosités,on regarde et on apprend mille choses auxquelles on ne faisait point attention ; ehbienl voici notre vie : Les jeunes personnes, comme on nous appelle, eussions-noustrente-six ans, si nous sommes encore à marier,les jeunes personnes ne comptentpour rien dans notre faubourg Saint-Germain : tout se fait pour elles, dit-on, maisrien par elles.
— C’est là une maxime que les gouvernements voudraient bien adopter pour lespeuples.
— Oui, mais les peuples se révoltent; et nous, dont l’état est d’être agneaux oucolombes, nous subissons la loi commune, et on en abuse ; du moins dans les f a 'milles qui n’ont point encore adopté la nouvelle mode, et où l’on ne nous contraintpas à faire des mariages d’inclination.
— Contraindre à faire des mariages d’inclination ! allons, vous vous raillez de moipauvre étrangère.
— Non, je ne me raille point, c’est une nouvelle mode; mais il faut être énormé-ment riche pour la suivre; il faut avoir cent mille livres de rente, une mère dontl’amie intime a un fils qui n’en a que cinquante tout au plus, mais en revanche untitre ou un très-beau nom, de ces noms qui sont à eux seuls une dignité ; alors l eSmères arrêtent le mariage de leurs enfants dans un jour d’expansion sentimental 0auquel on a pensé depuis dix ans. Cependant on décide qu’on ne doit unir les jeun 0Sgens que quand ils s’aimeront, et on débite là-dessus de charmantes maximes, car