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Tome second.
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LA DEMOISELLE A MARIEE.

I 85

craignant de trahir le secret de la visite du matin, elle s'arrêta ; un moment aprèselle reprit : En vérité, je ne comprends pas comment il faut se marier, si les ma-riages de seule convenance et les mariages d’amour sont tous également redou-tables. »

Elle y pensa quelques mois encore, non plus avec les idées que le monde luiavait faites; mais avec des idées sérieuses et vraies que lui suggérèrent le malheur delady L... mariée par amour, et celui de la plupart des femmes qui l’entouraient, ma-riées par convenance de nom, de fortune et de position. Madame de Bussy, pendantce temps, nouait, dénouait, renouait un nombre infini de négociations auxquelles salille donnait peu d’attention.

A cette époque, Roger deM...,son cousin, revint de ses voyages. C’était un hommesérieux ; le temps ne l’avait point détaché de ses souvenirs et de ses affections d’en-fance. Son esprit s’était développé, son cœur s’était mûri. 11 rapportait un livre dontil avait connu l’auteur en parcourant l’Allemagne et la Prusse, où il était voyageurcomme lui. Ce livre avait beaucoup servi a donner une direction élevée aux penséesde son cœur ; il voulut le faire connaître a Marguerite, et tous deux le lurent plusieurs fois ensemble. Roger n’avait plus de mère, et d’ailleurs Marguerite était de-venue riche, ils se convenaient donc par tous les rapports extérieurs, et de douxsouvenirs d’enfance, des rapports vrais, des convenances d’âge, d’esprit, de goût etde cœur les unissaient. Voici les pensées qu’ils méditèrent en peu de temps :

« Pense et prie avant de choisir, choisis avant d’aimer, et ne coulie le secret de« ton cœur qu’après en avoir longtemps causé avec Dieu et avec ceux qui t’aiment-

« Et si Dieu et ceux qui t’aiment approuvent Ion amour, noue-le par le lien de la« promesse au cœur de ta fiancée, do peur qu'il ne tombe de ta maiu comme les« choses qui ne tiennent pas.

« Et quand tu lui auras donné ta foi et que tu auras reçu la sienne, ne ferme« point tes lèvres aux pensées de ton cœur, et laisse la liancée appuyer sa vie sur« ton bras et ses espérances sur ton cœur.

« Et le ciel, où l’on aime sans fin ni mesure, s’inclinera vers vous, et les anges« prendront vos cœurs dans leurs mains et les aideront à s’aimer 1 . »

Beaucoup d’autres maximes étaient dans ce livre, et leur (iront comprendre a tousdeux le mariage sous un jour sérieux et vrai; ils s'aimèrent, et Marguerite se ma'ria, mais pour devenir bonne et tendre épouse, et non plus comme elle l’avaitlongtemps voulu, seulement pour ne plus être cette chose à ressort, cette choseinerte, qui n’ose ni penser, ni agir; cette chose arlilicielle, sans réalité, sans couleur, sans saveur, sans personnalité propre ; cette chose insaisissable, inexplicable,qui n’est rien, ne sait rien, ne veut rien ; qui voudrait être seulement ce qui doitplaire a tous, et qu’on appelle une demoiselle à marier.

Anna Mar»;.

* 1-iviiE des Peuples et des rois, (i:ap. du.r Jeunes