I SG LE I> RÉCEPTEUR.
Rien au monde ne peut égaler sa lionne volonté: c’est un ouvrier consciencieuxjusqu’au scrupule, il fait assurément tout ce qu’il peut. Malheureusement son bagagescientifique n’est pas très-lourd : de grâce, ne lui en voulez pas; il est parfaitementinnocent. 11 sait ce qu’on lui a appris : du latin et un peu de grec; un peu de g rClet du latin. Le français , c’est a peine s'il le parle. Il ignore absolument l liistoire,ne connaît la géographie que de nom, et croit que les mathématiques sont des science*creuses et superflues. 11 avait jusque-la regardé la chimie comme l’art des sortilègeet la physique comme le gagne-pain des escamoteurs, ventriloques, saltimbanque*-et de tous autres Bohémiens et faiseurs de lours. Et cependant savez-vous ce qu°'Jattend du précepteur? connaissez-vous sa tâche? Elle est grande, elle est immense-le [dus rude académicien reculerait devant une pareille besogne. Il n’y a que le per-cepteur qui, dans sa simplicité, puisse l'envisager de sang froid. Je dis '
oui, le précepteur est simple et très-simple; il en sait tout juste assez pour s ape'cevoir qu'il ne sait rien,il tâchera de suppléera son ignorance par un travail opiniâtre.
On demande en lui un professeur de langues anciennes et vivantes , de musiq llC •de botanique , de dessin , d'histoire naturelle. On veut qu’il remplace tous les dm 1neurs de leçons au cachet, excepté le maître de danse : celui-là est inimitable. I- adanse a fait de tout temps le désespoir des précepteurs. Que fera-t-il? La nécessite 1 >dit-on, est la mère de l’industrie . mais d’une industrie honnête , s’entend ; les c "constances enfantent les hommes capables. 11 se met donc franchement a l’étudi ;déchiffre la musique , analyse les (leurs, parcourt Buffon, dévore Rollin, lit et rcl’arithmétique de Bezout ; bref, il défriche les éléments de toutes les sciences, etvoilà universel. 11 enseigne h mesure qu’il apprend. Excellent moyen suivant les p|"grands maîtres, qui conviennent que la meilleure manière de s’instruire est d i"struire les autres. Le précepteur ne tarde pas à en sentir l’efficacité, à en recueil' 11les fruits ; et, par son louable artifice, il se fait un petit fonds de connaissances fi 1 ' 1lui permettent de devancer toujours son élève de quelques pas.
Ce qui fait du précepteur débutant un être à part, une existence infinimentdouloureusement excentrique, c’est la vie dont il doit vivre, c’est l’atmosphère q Hest obligé de respirer. Sans aucune idée des convenances, ce pauvre précep ,cl "se trouve tout à coup précipité au milieu d’un monde dont il ignorejusqu’aux me*"dres manières. C’étaient choses niaises et frivoles aux yeux de ceux qui l’ontlia bien lu, si vous voulez, la Civilité puérile et honnête; mais, qu’est-ce fi 11livre pour apprendre à devenir aimable, poli, courtois, complaisant avec £catesse , sociable sans afféterie, gai sans exagération? Aussi le précepteur, au de jn’a-t-il d’autre ressource, pour se tirer d’embarras , que de pivoter sur ce ‘1 ^nomme, dans son langage ascétique, humilité. Baisser les yeux et écouter sans • ^dire, deux qualités indispensables chez les reclus de la Grande-Chartreuse, *sera sa tactique. Humilité incarnée, espèce d’ect-e Iwmo, il sc lient à table et al1 "Ion comme le dieu Terme sur unegrande roule. ,
Avez-vous un ami grand seigneur, ou épicier châtelain, partisan déclaré de 1cation privée, pour obéir à une conviction , ou seulement pour ne pas déroger