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Tome second.
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LA CANTATRICE DE SALON.

« Vous l’entendez, monsieur, eh bien 1 elle fait toute chose de la même manière.»

La musique sert de manteau aux cantatrices de salon, elles jouent le Tartufea leur façon, et la musique n’est qu’un instrument pour atteindre le but que leur va-nité se propose.

La musique, qui veut être plutôt sentie qu’étudiée, plutôt aimée que comprise ;la musique qui doit être l’expression de la sensation, comme la parole est celle dela pensée, n’est pour la cantatrice de salon qu’un moyen de faire parler d’elle-Elle la traite en véritable Cendrillon, se moque d’elle en secret sans la comprendre,la défigure, la dédaigne, et en même temps lui dit : « Aide-moi h me parer ; fa> s "moi belle pour que je puisse briller. »

Belles Polymnies de nos salons parisiens, vous faites des fioritures à merveille(quelquefois), vous avez surtout de bien beaux yeux, et des regards a troubler lesméditations d’un saint. Vous le dirai-je? vous ne sentez pas la vraie beauté de lamusique ; vous ne savez rien de sa pureté, ni de sa poésie ; vous ne savez pas que lamusique est une divinité a la fois timide et hère, qu’elle veut qu’on ait de l'a-mour pour elle et de la foi en elle ; qu’il faut être initié a ses mystères pourqu’elle vous accorde sa confiance, ou qu’elle vous dise le plus petit de ses secrets;et que c’est parce que vous ne saviez pas un mot de la langue qu’il fallait luiparler, qu’elle ne vous a jamais rien dit. Irritées de son inflexible silence, vousvous êtes précipitées dans les plus profonds réduits de son temple, vous l’avezarrachée a sa retraite mystérieuse, et après l’avoir dévoilée, déchirée, défigurée devos mains sacrilèges, vous l’avez trouvée pâle, décolorée et sans expression ; c’estque vous possédez d’elle ce qu’à la fin Méphistophélès possède de Faust : le cadavrede son corps ; tandis que son âme s’est envolée vers des régions où certainementvous n’avez nulle chance de la suivre.

La musique est la plus sublime expression de l’amour et de la douleur ; et sivous avez tant de passion et tant de pleurs pour cinq cents individus que vousconnaissez à peine, dites-moi quel plaisir peut éprouver celui que vous aimez, si,lorsque vous chantez le soir pour lui tout seul, il aperçoit de la tendresse dans vosyeux et des larmes dans votre voix ?

Vraiment, mesdames, vous vous y êtes prises d’une singulière façon : depuis q uevous cultivez tant la musique, et que vous professez pour elle un culte si effréné, elfe aperdu la moitié de sa valeur. A force de la faire sentir à tout le monde, elle n aplus de parfum, à force de la traîner partout, elle n’a plus de fraîcheur. Vous avezchangé sa nature : au lieu d’une petite violette qui demandait qu’on prît la pei nede l’aller chercher aux blancs rayons de la lune, dans sa couchette de mousse verfeet humide, vous en avez fait un grand tourne-sol bourgeois qui se pavane en pl einmidi au bord de la grande route. Vous avez agi avec elle, comme l’enfant avec le P a "pillon, à force de le froisser, ses couleurs sont fanées, et ses ailes ont perdu fe uréclat.

Maurice de Flassan.