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Tome second.
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LA CANTATRICE DE SALON. 207

Pleines de moyens et qui avaient de magnifiques voix, les pousser, les prôner, •les mener partout, les faire chanter chez elles enfin, les aider de tout leur pou-Voir , et on vient me dire que ces femmes sont envieuses , sont jalouses 1 11 estque lorsque les protégées avaient des voix de contralto elles étaient forcéesde chanter la Reine de la Nuit; tandis qu’au contraire, lorsqu’elles avaient desV0lx de soprano, c’était le rôle d’Arsace qui leur était réservé ; mais ces damesdonnent pour cela une excellente raison : elles disent qu’elles font monter le con-Iralto jusqu’au mi et descendre le soprano jusqu’au fa, parce que chez le premierl es notes hautes sont aiguës , tandis que chez le second les notes basses sont faiblese lje les crois.

Méfiez-vous de la femme chantante qui, lorsque vous l’invitez a une soirée, et quev °us lui demandez le nom de son accompagnateur, vous répond avec un sourirecl'armant et une affectation de la plus parfaite indifférence : « Que cela ne vous in-fi'Hete pas, je prendrai celui que je trouverai chez vous, mon Dieu 1 Je suis si facilea accompagner. » Soyez sûr qu’elle chantera on ne peut plus mal, et qu’elle vousdira avec une colère sourde et a peine dissimulée : « En vérité, ce monsieur ne sedoute pas de l’accompagnement le plus simple ; il ne peut pas jouer en mesure. »

( Pauvres accompagnateurs ! ils jouent rarement en mesure, selon ces dames. )

Pe mari de la cantatrice de salon joue en amateur le rôle ridicule du mari de la vérita-ble prima donna, et, comme tous les amateurs, rend son rôle plus ridicule encore que* e lait celui dont c’est le métier. Il sert a aller chercher sa femme lors des répéti-tions le matin, et a rassembler sa musique a la fin d’une soirée, fait la guerre auxcourants d’air, et parle des simples maux de gorge, des esquinancies et des maladiesdu larynx ; entortille le cou précieux de madame d’innombrables châles, foulards etb° a s ; l’empêche de manger trop de glaces, ferme les fenêtres sur son passage, et

Pleure quand elle chante. Je te prends sans dot, ou, les hommes ne comprennentr ien ! »

Lorsque la cantatrice de salon est demoiselle, elle jouit ordinairement d’une mèrenourrit une haine profonde contre toutes les femmes qui chantent, et qui répètel°us les jours à sa fille qu’elle surpasse madame Malibran . La mère éprouve un plaisir'"ouï à vous dire que sa fille n’étudie jamais, que tout lui vient par intuition et parjnspiralion ; on a beau la gronder, elle n’étudie pas, et malgré cela.... La mère dea cantatrice de salon, sous ce point de vue, ressemble a Arnal, jouant le rôle d’unMarchand d’allumettes, dans je ne sais plus quelle pièce du vaudeville : pour mon-J rer au public l’excellence de ses allumettes, il plonge l’une d’elles dans la petite°nteille de phosphore, mais la retire sans qu’elle se soit allumée ; il en essaie unea utre, même résultat, et ainsi de suite avec cinq ou six ; puis, avec un aplomb im-Pd’turhable et un air de triomphe impayable, dit au parterre : « Vous voyez ! eh)lea , elles sont toutes de même ! » Il en est ainsi avec la mère de la cantatrice :° rsc iue mademoiselle, en chantant, a témoigné le dédain le plus superbe pour les""'raves de la mesure et de l’intonation, qu’elle a manqué ses traits, et exécutéUu P°int d’orgue qui fait terminer son morceau en si bémol, tandis qu’il eût dû finircn fn majeur, rheurcuse mère se retourne, rayonnante et glorieuse, et vous dit :