212 LE GARÇON DE BUREAU.
riosité. Il a débuté dans le inonde par l’état de perruquier-coiffeur. Dans sa jeunesse-il obtint le service du théâtre de sa petite ville; et comme des coulisses a la scène Hn’y a qu’un pas, et que d’ailleurs le terrain est glissant, Colin, quittant la savonnetteet la bouppc, se lança dans l’emploi des amoureux de son nom, chanta l’opéra-co-mique de l’époque et se lit surlout applaudir dans Biaise et Babel.
Le Colin que vous voyez est un tant soit peu déformé ; cependant il reste encorevestige de comédien sur cette face légèrement ridée et sur cette antique perruque afrisure hebdomadaire : mais avez-vous rien vu de pareil à la saleté de son accoutre-ment. Ce malheureux porte depuis quinze ans au moins le même habit. Toutes lesfournitures qu’on lui fait, loutes ses économies sont employées au soutien d’une mo-derne Babet qu’il idolâtre en souvenir de ses anciens succès. Aussi l’habit de ce mal-heureux n’est que pièces, et quand il est obligé d'en remplacer une, il coud enchantant avec un long soupir l’air de Dezède :
C'est pour toi que je les arrange !
Si Colin n’était malpropre que sur lui et seulement au profit de sa passion artis-tique , il n’y aurait pas trop à se récrier, car enfin il est célibataire et libre dans sesaffections; mais ce qui est plus grave et ce qui lui attire des réprimandes fréquentes,c’est son indifférence complète pour le soin de ses bureaux ; un balai lui du reencore plus qu’un habit, et on n’a jamais eu a lui reprocher la dégradation d’aucunmeuble. Un jour, l’un de ses chefs, fatigué d’une telle nonchalance, écrivit avec ledoigt sur la glace du bureau couverte d’une couche épaisse de poussière , ces m°^qu’un moment de légitime colère peut bien faire excuser :
« Vous êtes un cochon ! »
Vous pensez peut-être qu’après avoir lu ce reproche , Colin va se l’adresser à b"même : pas du lout : il le laisse subsister, et le lendemain il attend l’arrivée duchef pour lui dire en confidence : « Monsieur, je ne sais quel est l’employé qui a *^ eassez osé pour vous écrire de pareilles injures : ce qu’il y a de certain, c’est qu’lm’ 1soir j’ai bien fermé les portes sans loucher à rien. — Jele crois facilement, repl |( l liale chef qui, pour dissiper tous les doutes de son garçon de bureau, ajouta le soir »uhaut de la même glace :
« Monsieur Colin, vous êtes un cochon ! »
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Notre ci-devant Biaise fut très-piqué de ce reproche, car il était devenucomme Sédaine a prouvé qu’on peut être philosophe , c’est-à-dire sans le savoirmauvaise humeur éclata dans un propos qui aurait pu lui coûter sa place avecchef moins paternel : « Eh bien, monsieur, s’écria-t-il, puisque vous êtes si ridic ll ' e ’— je veux dire si exigeant, — demandez donc pour le service une fontainecomme on en donne partout. Il n’y a plus que dans votre bureau qu’on voitcruches! »
Colin est encore plus curieux que malpropre ; il passe à lire les pancartes des en 1ployés le temps qu’il devrait mettre à les ranger et à les nettoyer ; et à cet égard sanaïveté et son imperturbable assurance vont jusqu’à lui faire dire à ses supéii e " r