Band 
Tome second.
Seite
213
JPEG-Download
 

LE GARÇON' 'DE BUREAU. 215

' objet des lettres cachetées qu’il leur remet. « Monsieur, voilà de bonnes nouvelles;

" ou bien : C’est des invitations pour dîna'.

Si Colin n’avait pas conservé les goûts de son ancien emploi théâtral, s’il n’étaitpas toujours amoureux, il n’aurait pas cherché à suppléer par une certaine adressea l’insuClisance des ressources de son médiocre état, qui ne rapporte plus ce qu’ilproduisait autrefois.

Depuis que le système des adjudications publiques a prévalu sur celui des marchésde gré à gré, les petits bénéfices des garçons de bureau ont considérablement, dimi-llu é. Lorsque un traitant sortait du cabinet directorial ou ministériel, avec la con-eession d’une vaste entreprise dont les résultats avantageux étaient certains, puisque^s prix n’en avaient clé que faiblement discutés, sa générosité allait au-devant de'outes les exigences de la servitude bureaucratique. Mais à présent que les opérationsde celte nature se font à la clarté du jour et au milieu d’une lutte acharnée , l’adju-dicataire qui eu sort vainqueur, mais vainqueur épuisé, ne se croit obligé à aucune'érnunération gracieuse, qui deviendrait un surcroît de pertes et de sacrifices. 11es t bien vrai que tous les abus de l’ancien système ne sont pas encore entièrementdéracinés, et que , de temps à autre , on entend encore parler de pots-de-vin. Sans"■er le fait, nous affirmons que les garçons de bureau ont cessé d’y avoir part.

Colin, pressé par les besoins de sa position, a jugé les funestes effets de cette ré-volution adminislrative, et il s’est appliqué a les conjurer, lout aussi au fait de lacorrespondance que le ministre qui la signe, il en prend soigneuse note ; et le soir,en faisant son courrier , il abandonne aux facteurs les lettres insignifiantes ou de re-proches ; mais il se réserve les dépêches qu’il juge agréables, el avant tout celles det'es dépêches qui annoncent aux fournisseurs ou aux banquiers de prochaines re-mises de fonds. 11 les porte lui-même pour ne les rendre autant que possible qu'en•fiains propres et se fait annoncer en qualité d’employé (les garçons de bureau n’enPrennent jamais d’autres). Ces démarches porteront leurs fruits à l’époque destir en ires, et Babet aura son tartan , peut-être un cachemire Ternaux : Colin croit àpuissance des écûset aux profits de ceux qui en annoncent la venue. 11 est vrai que,t*ans son bon temps, on ne chanlait pas comme dans les opéras de nos jours.

L'or n'est qu’une chimère !

Le gros Auguste qui arrive tout essoufflé avec sa serviette sous le bras, comme un8 a rçon de restaurant, est aussi propre , aussi soigneux que son collègue est négligé,bssuyer ce qui se trouve sous sa main est pour lui l’occupation de tous les instants.Le n’est point un travail, c’est une habitude. Cet homme a toule sa vie été valet dechambre, et dans l’administration il est resté valet de chambre. Comme ces personnes‘lui, p n causant avec vous , ont la manie de vous défaire les boulons de votre gilet,s’il a à donner quelques renseignements, il utilise envers son interlocuteur laSe, ’viette qui ne le quitte jamais, et tout en parlant, lui essuie ses boutons, son habit,v °ire même ses souliers. Auguste n’est pas du reste sans intelligence et sans malice,'°us allez en juger.