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Tome second.
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une enseigne. Je l’abordai, le chapeau a la main, el lui demandai s’il connaissadM. ïeller.

« Plaît-il, monsieur ?

— Monsieur Teller, ex-trompelte-major du régiment des dragons Dauphin.

— Je ne vous entends pas, monsieur. »

Je répétai ma phrase en grossissant ma voix.

« Je ne vous entends pas, monsieur. »

En effet je m’étais adressé à un interlocuteur incapable de me répondre, hncblessure l’avait privé de ce sens dont certains orateurs nous font si cruellementexpier la possession. 11 m’expliqua comment, depuis la bataille de Friedland, ilavait l’oreille un peu dure, façon euphémique d’établir qu'il était parfaitementsourd. Je m’éloignai donc, et pénétrai dans un labyrinthe de corridors, remarquantchemin faisant que tous portaient des noms de villes, et lisant sur des murs enlettres majuscules : corridor nu Havre , corridor de Perpignan , corridor t>eIIonfleur , etc. Sans chercher à me rendre compte de ces dénominations géographi-ques, je poursuivis ma course aventureuse, et parvins h un chauffoir où j’entrais tins façon. Le lieu était sombre, l’atmosphère chaude, l’air peu embaumé. A 11bruit qui se faisait, je compris qu’on parlait bataille et qu’on visait a l’onomatopée-Je m’approchai d’une table, autour de laquelle plusieurs invalides jouaient auxdominos.

« Monsieur, dis-je a l’un des joueurs, pourriez-vous m’indiquer M. Teller, ex-trom-pette-major du régiment des dragons Dauphin?

— Plaît-il, monsieur? »

Je réitérai ma question, et cette fois je fus entendu.

« Je ne le connais pas, monsieur. Il faut vous adresser au bureau du mouvement-

— Auriez-vous la bonté de m’y conduire? »

Le joueur de dominos leva vers moi la tête avec surprise ; il était aveugle. J’étai»au milieu d’aveugles qui, remplaçant par le toucher l’organe absent, faisaient desparties de dominos, et même de cartes, avec une inconcevable dextérité.

Je me retirai a la hâte, passai la journée a chercher mon futur cicerone, et le dé-couvris enfin. Je lui exposai le motif de ma visite, et, comme je ne me pique nulle-ment de manières aristocratiques, je lui proposai de faire connaissance le verre à l Jmain. Nous allâmes a la cantine, espèce de boutique de marchand de vin a laque" 1 'on ne pouvait reprocher d’être mal décorée, car elle ne l’était pas du tout. Je d*-mandai des gâteaux et du chablis, j’allumai ma pipe, et, avisant dans un coin un f*cabeau, je m’assis avant d’entamer la conversation.

« Monsieur, me dit civilement le cantinier, il est permis de fumer, mais vou sne pouvez vous asseoir; c’est la consigne. Emportez du vin dans votre chaiubre ou au chauffoir, si vous le voulez, mais il est défendu de s’asseoir »cantine. »

Fâcheux contretemps! être obligé de boire et de causer debout! la posibu'n’était pas tenable, et je remis l’entretien à un autre jour. Je revins le lendemain a nuLa garde montante défilait dans la grande cour sous les yeux d’un adjudant-maj 01