Band 
Tome second.
Seite
238
JPEG-Download
 

258

I>’li\ VALIDE.

'h <nJ.:

natal dans l’huile de la friture ;mais le bateau a vapeur de Saint-Cloud vient a passer, les rouesgéantes soulèvent d’énormes fla-ques d’eau, et la proie espérées’enfuit :

« Au diable la vapeur ! mur-mure l’invalide ; pas moyen depêcher une ablette ! Du temps del’Empereur, on ne tolérait pastoutes ces saloperies, qui ôtentles bras du pauvre peuple. » Etrengainant sa ligne, il s’éloigneen accablant de malédictions lavapeur et ses bateaux.

Il y a parmi les invalides unerace d’élite, qui dédaigne égale-ment le cabaret, les femmes, htculture et la pêche. Les membresde cette société choisie se recon-naissent à leur physionomie dis-tinguée, a leur front chauve etlisse, coiffé d’une calotte de soienoire; ils se rassemblent 'a

bibliothèque, promènent sur lesjournaux leurs yeux armés de lunettes, et dévorent les nombreux mémoires de l’epo -

que impériale. Souvent aussi ils se groupent sous les portiques, et discutent entre eus

des points de tactique, comme des avocats discuteraient des points de droit. H s

tracent des plans de bataille avec leurs cannes, représentent les fleuves en abrégé, au

moyen du fluide que sécrètent leurs glandes salivaires, et marquent, par des pincées

de tabac, la place des batteries. Ils jugent les généraux et font des parallèles à ,a

manière de Plutarque . Vous sauriez, en les écoutant, a qui est dû réellement le gai»

de telle ou telle bataille ; vous connaîtriez la cause de l’inaction de Bernadotte a

Averstaedt, et de tel autre général en Espagne ; ils vous répéteraient le mot énei'

gique que prononça Cambronne à Waterloo . Passant de Hondschoote à Weisseffl'

bourg, de Borodino à la Bérésina, d’Iénaà Leipsig, ils donnent un sourire de j°' e

a tous les triomphes, une larme a tous les revers. Grâce à Dieu , ils ont peu t,elarmes à verser !

En décrivant les Invalides de Paris , j’ait fait le tableau moral de ceux d’Avi"gnon, où est établie une succursale depuis l’expédition d’Égypte . Ce sont les mêmeshabitudes, modifiées par le calme de l’existence départementale, et par une si»'veillance plus facile, en ce qu’elle ne s’exerce que sur cinq cents hommes. L ét<dsanitaire est plus satisfaisant, et la longévité plus grande sur les bords du Rl ,t< ' ne

GtlIlB.'lIT