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je ne fus plus qu'à dix pas d’elle. Le coup parût, et mon schako en tomba par terre:mon cheval était si fortement lancé, que ma farouche ennemie n’avait pas eu letemps de s’enfuir : heurtée à l’épaule, elle alla roulera quelques pas de là. L’expres-sion de la haine était si fortement empreinte sur les traits de cette jeune femme, tantde désir de vengeance brillait dans ses yeux , c’était une beauté si fière et si sauvage,que j’en fus enthousiasmé subitement et que je résolus de la sauver. Arrêtant moncheval, je retournai sur mes pas, je la chargeai sur ma selle et la ramenai à San-Lu-car-de-Barameda. Huit jours après nous vivions maritalement ensemble, et j'étaisfou de Geniola. »
Mon cousin s’arrêta quelques instants; mais je n’osais plus respirer, et je puis direque je ne vivais plus, car mon regard vif et pénétrant avait découvert qu’entre deuxroses de Provins , du plus gros ronge, mon triste message amoureux poussait unepointe blanche, aigue i luisante et tout à fait hétérogène, ,1e ne pouvais plus y teniret je me levai pour aller reprendre mon bouquet; mais le colonel me prévint, etsaisit le bouquet en me disant : laisse-le-moi donc sentir à mon aise , il m'embaume-Je revins m’asseoir à ma place, et j’étais plus mort que vif.
« Depuis deux mois, poursuivit le colonel, je goûtais un bonheur surhumain, quandil nous tomba des nues un officier général, que je fus désigné pour accompagner jus-qu’à Madrid ; c’était une absence qui devait durer pendant quinze jours au moins.Je crus que j’en deviendrais fou : j’eus la tentation de déserter, de fuir au bout dumonde avec ma Geniola. Heureusement que j’avais alors un intime ami, nommeLambert, qui sut me parler raison bien à propos, et qui me détermina, non sanspeine, à remplir ce qu’il appelait un devoir sacré. Je partis après avoir reçu de monami Lambert une promesse sacrée, celle de veiller sur ma Geniola avec toute la sol-licitude d’un frère ombrageux, ou d’une duègne de Caldéron. Quel voyage! il nmfut impossible de desserrer les dents avant d’arriver à Madrid , et ce fut pour deman-der au général s’il n’avait plus besoin de mes services. »
« Hé mon Dieu! Charles, qu’as-tu donc? dit le colonel avec un air d’intérêt, endirigeant vers moi le bouquet. Au même ins-tant, je fermai les yeux avec une terreurindicible, car le mot adultère flamboyait hma vue sous la forme de mon épître que lecolonel mettait de plus en plus en évidence,en balançant dans sa main mon bouquet ma-lencontreux.
— Je n’ai rien du tout, lui dis-je avec unevoix sourde et comme étranglée. »
« Aussitôt que je fus libéré, reprit le co-lonel Gouin,je me remis en selle, et j’ar-rivai à Orihuella-de-los-Montès onze joursaprès en être parti. C’était un voyage d’unerapidité inouïe, et j’avais crevc trois chevauxde poste afin d’arriver sitôt. La nuit était assez