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Tome second.
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L’HERBORISTE.

aristocratique f sans préjudice de son sucre et de ses pralines, de son moka et de sesthés plus ou moins chinois. C’est la fourmilière où l’herboriste en chair et en os vientpicorer le chèvrefeuille et la scabieuse. Réunissant la double individualité du phar-macien et de l’herboriste, le marchand qui a posé là ses pénates, suspend à ses pla-fonds des tortues numides, des crocodiles d’Egypte , des cachalots macrocéphales;un filon aurifère , une mine d’asphalte non vitrifiée, ou des serpents à sonnettes,pour fasciner l’herboriste et pour étonner cet amateur des produits bruts de la créa-tion. Exposition perpétuelle de produits chimiques, la rue des Lombards popularisepar le commerce les découvertes de la science et de l’industrie, le sulfate de qui-nine lui doit sa renommée, je dirais presque ses vertus, elle met a contribution lescinq parties du monde. Les îles, les continents remplissent ses magasins de cesproductions bizarres qui épuiseraient la science du pittoresque inépuisable chezM. de Balzac, et en font la rue la plus complète de l’univers.

L’herboriste netireaucune vanité de sa profession, mais il en tire degrands proûts.Son industrie est sans contredit la plus florissante de toutes les industries. Dire jusqu’àquel point l’herboristerie est la botanique, c’est l’affaire des savants, mais on ne peutparler de l’herboriste sans proclamer ses droits à être lui-même un savant. Si l’es-pèce est sarmenteuse, l’individu peut s’élever à de grandes hauteurs. Cette profes-siona son gazon et ses chênes robustes. Les philosophes se font-ils jamais faute de partird’un grain de sable pour s’élever aux plus hautes considérations sociales? et s’il estvrai que tout est dans tout, l’herboriste ne doit-il pas être dans quelque chose?Le rè-gne végétal, domaine exclusif de l’herboriste, n’embrasse-t-il pas les prairies artifi-cielles et tous les systèmes progressifs modernes d’agronomie? L’herboristerie a pro-duit de grands hommes. O vaudevillistes ! espèce goguenarde et incapable, race es-sentiellement improductive, le genre humain , réduit à vos maigres couplets, périraitinfailliblement d’inanition ou d’un rhume négligé. L’herboristerie a pourvu plus d’unefois à l’alimentation des peuples. Parmentier, un herboriste, avec son précieux tuber-cule, a plus fait pour l'humanité qu’une foule d’autres, dont les cendres sont censéesreposer au Panthéon . Quelle vie fut plus active, plus dévouée, plus éminemmentutile et féconde en résultats commerciaux que celle de Poivre, à qui la France doitla plus grande partie de ses richesses coloniales. Fils d’un, négociant de Lyon , cephilosophe ne se révéla jamais que par ses œuvres ; ce fut un de ces ressorls utiles etprécieux dont la Providence se sert à l’insu de la société pour lui créer un bien-être-Aujourd’hui quel ami de la science et de la nature ignore les travaux de physiologievégétale deM. Raspail? L’herboriste relève plus ou moins de ces belles expériences-Si donc le rôle de l’herboriste nous paraît vulgaire, c’est que noük n’en voyons quele côté trivial. Il en est de cette profession autrement qued’une fouled’autres qui, dissi-mulant leurs coulisses avec habileté, .nous imposent à toute heure le mensonge deleui'génie et l’éclatant programme d’une problématique supériorité. Nul doute que l’her-boristerie ne contienne les germes les plus puissants de civilisation. Ayez seulementun rhume ou une fluxion, et vous proclamerez l’herboriste l’homme le plus utile dela société.

Ii. Roux