L’HERBORISTE.
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ce Ues qui seraient perdues sans lui, et contre lesquelles la médecine » peut-être tropréagi. On réforme les abus, on abuse des réformes; si l’on supprime l’berboriste,pourquoi ne pas supprimer la végétation ? Un secret que l’herboriste a conservé, c’estcelui des grosses recettes nées de petits prolits, de ces millions de riens qui font untotal effrayant au bout de la journée.
L'herborisle n’esl jamais très-vieux; en revanche, il est toujours assez riche. Sa tille,délicate sensitive, effeuille ses plus beaux jours a l’ombre des mélisses paternelles;elle en est encore aux romans de Victor Ducange ; elle fleurit longtemps pour s’épa-nouir enfin au comptoir d’une véritable pharmacie; elle rêve qu’elle épouse un di-plôme comme une grisette ambitieuse rêve qu’elle ne se marie point a un princeeusse.
L’herboriste envoie également son (ils a l’école de pharmacie , pour narguer sesautocrates; il en veut faire un maréchal de France de son ordre, c’est-à-dire unPharmacien.
Un chanoine, homme d’esprit, peu fier, se rendait fréquemment chez un herbo-riste’, homme déchu peut-être, mais qui avait eu son blason , sa noblesse. Le cha-pitre à douze quartiers au moins de son très-noble visiteur donnait de l’om-brage à l’herboriste. « Savez-vous, dit-il un jour a son ami le chanoine, en lui dé-taillant ses titres, que je pourrais entrer dans votre chapitre? — Vous y entreriez ,c’est possible, reprit le chanoine, mais par la porte de derrière. »
Soumis à toutes les influences atmosphériques dans la personne de ses végétaux ,martyr de tous les accidents qui leur surviennent, se décolorant avec la mauve , laviolette, la bourrache, vieillissant sous l’écorce du quinquina, troublé dans sonrepos par les sages-femmes et les gardes-malades, attaché au chiendent comme celui-ci l’est à la glèbe, en proie aux charançons et aux vaudevilles, l’herboriste n’en de-meure pas moins voué à sa profession , qu’il festonne chaque jour de quelque plantenouvelle.
A Paris , où chaque chose possède un autel, l’or, la beauté , la religion, l’intrigue,le vice, la flatterie , l’intérêt, tout enfin, excepté peut-être l’esprit et le talent,l’her-boristerie a son temple comme les vieux habits, il y a des magasins, des rues, desquartiers, des arrondissements qui ne sont que bourrache d’un bout à l'autre , desédifices surtout où la joubarbe s’épanouit sur les toits, le colchique dans les caves,la pariétaire sur les fenêtres ; où la primevère se dessèche à côté du tilleul, où lebouillon-blanc des vallées françaises heurte de front le rhododendron des Alpes ; desmaisons qui correspondent avec tous les végétaux de l’univers. La rue des Lombards,berbière s’il en fut jamais, cultive l’herboristerie depuis un temps immémorial.Elle s’épanouit au printemps avec les violettes des champs , et fabrique de l’eau deHeur d’oranger de Grasse dans toutes les saisons. Rue incomprise, providence del’herborisation, résumé du règne végétal, elle réunit tout ce qui s’infuse par or-( lonnan«e du médecin. Toutes ces substances ont leur histoire depuis l’ipéca-cuanha qui créa la famille des Helvétius , jusqu’à la pervenche dont Jean-JacquesUousseau a fait une plante célèbre. La rue des Lombards vous vendra un paquet dechiendent ou cent quintaux de salsepareille, au choix, sans morgue et sans vanité