L’HOMME A TOUT FAIRE.
259
l-e grand jour a lui ; la peau d’âne résonne dans tous les quartiers de la ville,et donne le signal militaire aux peaux de buffle et aux oursons (style d’état-major) ;autrement dit, le rappel bat. L’homme à tout faire a déj'a donné l’ordre h ses jeunesrecrues de s’emparer de toutes les hauteurs du terrain que le cortège doit parcourir.~~ H viendra lui-même les relever de la consigne.
H vient en effet, quelques minutes avant l’heure officielle fixée pour le défilé partroupes, et il amène avec lui un curieux, ou pour mieux dire un badaud qu’il aracolé et auquel il a promis, moyennant vingt sous, de le loger au-dessus mêmedu premier rang; le gamin s’empresse alors de quitter la place qu’il a échauffée ousalie depuis le matin ; le badaud débourse et travaille ensuite a se tenir en équi-libre, sans balancier, sur la borne qu’il a payée, jusqu’à ce qu’un agent de policeaccoure lui interdire, au nom de l’autorité, cet exercice périlleux ; — l’homme 'a toutfaire a depuis longtemps disparu avec sa recette. Le badaud, tout honteux, rentredans la foule , où il est bafloué, bousculé, honni comme il arrive à tous les gensflui ont voulu s’élever au-dessus des autres et qui sont tombés.
Notre homme est de toutes les fêtes. On vous défie de donner un bal, fût-ce au cin-quième étage, sans qu’il en soit informé. Comptez sur lui. 11 profitera seulement de cequ’on ne l’a pas invité pour agir sans façon ; il se présentera en veste, en casquette etsa us gants : c’est lui qui saluera le premier les danseuses, et qui leur offrira le premierfa main... Oui, la main droite, tandis que de la gauche il étalera sur la roue de leurvoiture, afin de préserver les falbalas et les écharpes, une guenille plus sale que lafioue même. Il devance en ces occasions et chasseurs et valets de pied. 11 est plushardi qu’un amant; entreprenez donc, après cela, de le renvoyer. Si vous ne lesouffrez pas a la porte, il entrera dans le salon. Choisissez.
La Providence, que vous n’attendiez pas là sans doute , mais qui est partout etqui nous aime encore plus que nous ne nous aimons nous-mêmes, ne manque pasPourtant de nous gratifier d’une foule de désagréments subits, vulgairement appelés'"'les. L’homme à tout faire s’applique à redresser les torts de la Providence, sansPrésomption et pour un fort modique intérêt, exemple :
C’était par un de ces beaux jours d’été, comme il n’y en a plus, etc., etc., etc. ;fe soleil, etc., etc., etc. ; la nature entière, etc., etc., etc. En quelques mots,Vous étiez sorti le matin sans parapluie. Tout à coup , et le plus arbitrairement du®onde, les nuages sont accourus des quatre points cardinaux et vous ont composéun horizon effroyable. Le baromètre est modestement descendu à la tempête, et déjàquelques grêlons, de la grosseur d’un très-petit œuf, confirment le présage. — Vousefes pris au dépourvu, mais Paris est la ville des ressources, vous vous enfoncezdonc sous une porte cochère, et vous laissez passer l’orage. (Les orages prennentUne heure ; c’est le ternie moyen de leur durée depuis qu’ils sont devenus si fré-quents. ) Enfin le ciel s’éclaircit et vous vous croyez libre, mais voici bien un autreoubli de votre part : les petits ruisseaux onfformé (afin que le proverbe soit accompli)de grandes rivières! Essaierez-vous de vous jeter à la nage? mais vos sous-pieds!Sauterez-vous? hélas ! vous ne sautez plus, vous avez du ventre. Attendrez-vous surle bord du fleuve qu’il soit écoulé ou qu’il ait tari. mais on va dîner. Atten-