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Tome second.
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LE COMPOSITEUR TYPOGRAPHE .

On l’a vu sous toutes les faces : tantôt blaguant h son atelier, frondant les choses et leshommes du jour, tantôt nageant dans la joie et le vin; d’autres fois triste, morose,poursuivi par des loups sous la forme de créanciers. Cos alternatives sont fréquentesà cause de l’instabilité du travail. Pour donner un bon coup d'épaule à la compo-sition, il ne faudrait rien moins qu’un incendie des principales bibliothèques de Paris ,mais loin de la ! Non content du tort que font a cette profession le clichage, et le poly-lipage, on invente encore de détestables machines qui vont reproduire sans carac-tères et sans compositeurs les ouvrages des quinzième et seizième siècles, les éditionsWendelines, Maintiennes, Elzeviriennes, etc. Le compositeur regarde avec terreur lalibrairie qui agonise.. La littérature menace de s’absorber dans le journalisme quienvahit tout pour tout étouffer. Déjà les nouvelles remplacent les romans; le dramelui-même a quitté ses larges proportions pour se réduire en un acte. Notre généra-tion pressée de jouir fatigue la terre de l’intelligence et s’inquiète peu de ce qu’ellelaissera après elle. Plus d’in-folios, plus de longs ouvrages, plus d’éditions monu-mentales : des analysés, des résumés, des éditions-diamants. On concentre dans unflacon imperceptible le parfum de mille roses; on réduit des livres d’amandes amèresen deux ou trois gouttes d’acide liydrocyanique. 11 n’est pas d’entreprises qu’onn’ait tentées pour rogner les profits déjà si exigus des compositeurs. D’ingénieuxindustriels n’ont-ils pas essayé de faire faire la composition par de jeunes enfants etpar des femmes, réduisaut ainsi le travail typographique à une opération purementmanuelle et mécanique.

Enfant d’une race malheureuse et sacriQée, poète de la borne, tribun du carre-four, obscur dispensateur de la lumière, esclave de la pensée des autres, va, montreencore sur le pavé de nos rues ta blouse emblématique ! Étale ta misère comme unreproche a la face du siècle ! Applatis-toi sur les œuvres parfumées ou nauséabondesde tes pacbas littéraires ! Allons, (ils de Guttemberg, lève la tête et prends courage.Voici, voici le règne des capacités et de l’intelligence i Euge ! macte anima! L’or vadescendre dans Ion creusell La roue qui tourne sans cesse va te prendre et l’enlever!Demain on va ouvrir une issue ’a ton eau qui se putréfie ! Demain tu marcheras libr®et fier. En attendant, continue à lever des lettres, à manipuler la pensée des autresen comprimant la tienne, à boire du vin blanc, à faire des dettes, à danser aux bar-rières, et lâche de goûter au sein de ta philosophique incurie le repos et la tran-quillité que je te souhaite !

Jules Ladimih.