LE JOUEUR DE BOULES.
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telle boule, el suivant d’uu œil exerce les diverses chances du jeu, jusqu'il ce que lejour baisse, et que l’heure du dîner approche. Alors vous verrez le cercle se dissiperavec regret : ces braves citadins s’en retourneront lentement a leur faubourg, em-portant des émotions, des souvenirs, un fonds inépuisable de conversation elun vio-lent appétit. Voila une journée bien employée!
Les joueurs sont dignes des spectateurs. Examinez celui que Chariot a placé sousnos yeux. Vous le voyez : le joueur de boule doit avoir de quarante-cinq il cinquanteans ; c’est pour lui la belle saison de la vie, l’âge de la perfection ; il a conservé laforce qui exécute, il a acquis l’expérience qui dirige. Car, ne vous y trompez pas , vingtans d’études et d’exercices assidus ne suffisent pas toujours pour former un joueurde boules de quelque distinction. Regardez bien celui-ci : vous lirez sur son visage,dans son attitude même, toutes les tribulations auxquelles sou âme est en proie ; ilest sous l’influence simultanée des deux plus puissants mobiles du cœur humain : lacrainte et l’espérance. Il vient de lancer sa dernière boule : elle roule devant lui, et vouspouvez en suivre le mouvement sur sa physionomie ; il la couve, il la protège du re-gard ; il la conseille, il voudrait la voir obéissante a sa voix ; il en hâte ou bien il enralentit la marche selon qu’une ravine ou un monticule l’arrête au passage, ou laprécipite à une descente ; il l’encourage du geste, il la pousse de l’épaule, il la tem-père de la main ; suspendu sur la pointe du pied, le bras tendu, le visage animé parune foule d’émolions diverses, il imprime à son corps les ondulations les plus bizarres.On dirait que son âme a passé dans sa boule.
Si l’importance d’un jeu se mesurait au degré d’intérêt qu’on y apporte, le premierde tous, sans contredit, serait le noble jeu de boules. Chez ceux qui se livrent à cetamusement, ce n’est pas seulement un goût prononcé, c’est une passion véritable, c’estune sorte de fanatisme. Si le fameux maître a danser Marcel a pu s’écrier : Que dechoses dans un menuet! que n’eût-il point dit, s’il eût parlé d’une partie de boules?Toutefois il convient,ce me semble, de s’occuper de l’arme avant d’arriver au guerrier,et de faire connaissance avec la théorie avant d’en suivre l’application sur le terrain-
Sans retracer ici l’histoire de la boule, qu’il ine soit permis de faire observerqu’elle joue un rôle important dans la composition de cet univers, et sur cette terreen particulier. Les arts et les métiers ont leur boule spéciale ; les architectes con-naissent la boule d’amortissement; les chaudronniers donnent le nom de boule »une enclume ronde ; le fourbisseur a un instrument en bois de ce nom ; la mare-chalerie cite ses boules de licou, et l’art du metteur en œuvre ses boules à sertir : en-fin il n’estpas de chasseur un peuexereéqui ne sache ce quec’estquela boule du chamois.
La balle et la bille, si chères aux écoliers, ne sont que des diminutifs de la boule,dont le ballon est une ampliation. Si la boule ne règne pas seule dans le jeu d equilles, elle en est incontestablement l’âme. Que feriez-vous de vos quilles, symé-triquement plantées, sans la boule indispensable a les abattre? qui sait si dans unepareille extrémité, les joueurs de quilles ne se verraient pas réduits a implorer 1 as-sistance d’un chien, malgré leur inimitié proverbiale pour cet intéressant animal •L’antique jeu du mail, qui a donné son nom a une rue de Paris et a tant de prome-nades dans nos provinces, consistait en une boule d’un bois très-dur qu’on lançai! a