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LE JOUE UE UE BOULES.
'1° houles, M. Maneille se revêt d’un habit de combat. Ce costume se compose'l’une veste grise, d’un pantalon blanc et de sandales, qui laissent aux mouvements'les pieds toute leur souplesse. Sa tête est recouverte d’une casquette ; quoi de pluslacile que d’y substituer la couronne du roi d’Yvetot ?
Roi du jeu de boules ! quelle gloire quand on y pense ! 11 ne faut pas croire qu’elleait été abandonnée a M. Maneille, sans combat ; outre la foule de ceux qui le suivent,longo proxhni intcrvallo, il a un rival à peu près de son âge, et dont la renomméebalance la sienne, M. Vilaret.
■l’ai eu la bonne fortune d’assister à une partie d’honneur entre ces deux célèbresathlètes. Vous dirai-je comment la fortune penchait tour a tour pour chacun des deux cè-les, et par quelle suite de coups heureux l’équilibre détruit se rétablissait aussitôt? Que'l’adresse et de précision de part et d’autre ! que de savants calculs ! quelles évolutionsslratégiques, quelles péripéties inattendues! Enfin... mais vous ne saurez pas quelb't celui des deux rivaux qui succomba : le plaisir de célébrer le vainqueur, dans ceotagnifique tournoi, cède à la crainte d’affliger le vaincu. Qu’ils gardent leur renom-mée tout entière, et que la palme soit partagée entre eux, puisqu’ils l’ont si bienniéritée !
Nous voulons trop de bien au gouvernement pour ne pas l’avertir que les joueurs'le boules croient avoir a se plaindre de lui. C’est une race éminemment pacifique etdébonnaire qui jamais n’a dépavé les rues et qui a horreur des barricades. On a'’ernarqué, a la louange éternelle des amateurs de pêche, que le 50 juillet 1850 deuxd’entre eux étaient tranquillement occupés sous les arches du Pont-Marie, tandis quel ;l mitraille pleuvait dans Paris , et qu’une dynastie tombait du trône. Si ce jour-là lesjoueurs de boules ont déserté les Champs-Elysées , c’est que la garde royale s’y étaitel ablie. Sans cela... mais enfin, si paisibles qu’ils soient, ils ont aussi leur suscepti-bilité : l’insecte sur lequel on met le pied se relève et cherche à se défendre. Eh bien !I es joueurs de boules accusent le gouvernement de manquer aux égards qui leur sontdos, et de n’avoir aucun souci de leurs plaisirs et de leurs privilèges. Le gouverne-ment se montre partial en faveur des bitumes ; il abandonne les quais, les boulevards'*1 toutes les promenades à une foule d’asphaltes, pièges doublement dangereux ten-dus aux pieds des promeneurs et à la bourse des petits rentiers. Encore s’il ne s’agis-s ait que de la bourse ! mais, grâce a eux, le jeu de boules sera bientôt proscrit del >nr is. On le chasse, on le poursuit, on lui fait une guerre à mort. Dès qu’il a choisil, o emplacement favorable, et étudié les divers accidents du terrain, arrive le bitumeMaudit qui s’en empare, qui étend sur lui sa double couche de plâtre et de sable, qui'diurne ses fourneaux et infecte l’air à une lieue à la ronde : et adieu les profondsbleuis, et les heureuses combinaisons ! Sur cette surface partout unie la boule rou-lait sans intelligence et sans art ; elle ne saurait ni s’arrêter, ni décrire une courbeSa vante ; elle irait stupidement devant elle, comme s’il ne s’agissait que de rouler lePlus loin possible.
Les Champs-Elysées restaient du moins pour consoler les joueurs de tant d’enva-hissenienls; mais en quel état? Bouleversés par les constructions nouvelles, couverts<lp Planches et de gravois, labourés de fossés, impraticables enfin, et tout à fait dé-