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LE JOUEUR DE BOULES.
lie autres qui est manchot. Mais, qu’est cela, quand on songe que la céeilé mêmen’empêche pas ceux qui en sont atteints de se livrer a leur jeu favori.
Dans l’intérieur de l’hôtel des Invalides , sur une espèce d’esplanade plantée, eusuite des dernières cours du côté de l’avenue de Lamothe-Piquet, est situé le jeu desaveugles. C’est un bien attendrissant spectacle que de les voir lutter ensemble par descombinaisons presque exclusivement intellectuelles. Tous les dimanches, et quel-quefois dans la semaine, ils font leur partie ; des invalides voyants leur servent deguides, leur font toucher le but, et quand ils ont marqué par un certain nombre depas la distance qui les en sépare, on est tout étonné de les en voir approcherbeaucoup mieux que ne le font un grand nombre de joueurs jouissant de leurs deuxyeux. Il serait superflu d’ajouter que les invalides aveugles pointent, mais ne tirentpas.
Les joueurs de boules se font en général remarquer par l’aménité de leurs mœurs ;absorbés qu’ils sont par leur passion dominante, on n’en trouverait probablement au-cun sur les registres de la police correctionnelle, aucun au greffe de la cour d’assises.Plus que qui que ce soit, les joueurs de boules mènent une vie en dehors ; aussi sont-il sessentiellement bons maris et bons pères. Bons maris, en ce sens du moins, que n’étantpresque jamais chez eux, ils ne tourmentent point leur femme; bons pères, parcequ’ils sont incapables de donner de mauvais conseils a leurs enfants, ne s’en occu-pant guère que pour en faire des louveteaux, c’est-a-dire, pour leur enseigner debonne heure les premiers éléments de la boule.
Le jeu de boules présente une particularité qu’il est impossible d’omettre. Si l’onexcepte la pêche a la ligne, c’est peut-être le seul exercice auquel on n’ait vu aucunefemme se livrer, de sorte qu’en altérant légèrement un vers de Molière , on pour-rait dire :
Du côté de la boule est la toute-puissance.
Une autre remarque a été faite à l’endroit des joueurs de boules. De toutes les pro-vinces de France, la Provence est celle qui en fournit le plus a Paris ; l’accent pro-vençal et aussi l’accent auvergnat dominent, non-seulement parmi les joueurs, maisaussi dans les rangs des spectateurs. On a observé en outre que la classe de citoyensqui compte le plus d’amateurs distingués, c’est la classe des cuisiniers. Or, n’est-il pa sextraordinaire que le plus habile joueur de boules dont s’enorgueilliseut les Champs-Elysées depuis plus de quarante ans, cumule les deux qualités de provençal et de cui-sinier? C’est M. Maneille, l’Àntelle des joueurs de boules et le fondateur du fameuxétablissement des Frères Provençaux, dont la renommée est devenue européenne-M. Méry s’est étendu naguère sur le mérite du roi des échecs, M. de Labourdou-nais ; personne ne devra s’étonner que je fasse connaître au monde le roi du jeuboules.
M. Maneille est, dit-on, âgé de soixante-douze ans ; malgré son âge, non-seule-ment il pointe, mais il tire avec une verdeur exemplaire. Est-ce le soleil du mhh>est-ce le feu des fourneaux qui a bruni son teint, peu importe ; seul parmi les joueui*