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LE GARÇON DE CAFÉ.
n homme porte des chemises eu toile de Hollande,des bas de Paris ; ses souliers vernis ont été faits surles dessins d’un bottier de la rue Vivicnnc; il n’em-ploie, pour sa barbe, que du savon onctueux, pourses mains que de la pâte d’amandes douces ; ses dentssont entretenues par Desirabode , sa chevelure parMichalon; il a appris l’art du sourire perpétuel dansla classe d’un vieux mime de l’Opéra; il est pa-tient, poli, aimable.
Vous croyez qu’il est question d’un grand-écuyer•le prince, d’un diplomate, d’un chanteur de romances?
Du tout . il s’agit d’un garçon de café.
On est assez généralement garçon de café de père en fils. Tel homme qui sert desplaces au Café de Foi, ou des cerises à l’eau-de-vie chez la mère Saguet, à la bar-rière du Maine , avait un trisaïeul dans la carrière qu’il exploite, comme aujourd’hui,u n Séguier, un Molé, un Crillon, dans l’armée ou dans la magistrature. L’art deverser le café, la liqueur, de marcher au pas de charge, à travers des allées de tableset de tabourets, en portant dans la main droite des buissons de sorbets, un thé com-plet, ou une phalange de carafes d’orgeat, cet art-là demande une longue habitude.Pour faire un bon garçon de café, il faut avoir été pris tout petit, il faut avoir com-mencé ses exercices sous les yeux d’un père.
Cependant il est quelques exceptions à cette règle : on rencontre, dans l’intéres-sante classe qui nous occupe aujourd'hui, plus d’un praticien qui n’a pas été bercéavec les traditions de café, et qui, à l’âge de quinze ans, n’eût pas su laver une tasses ans en faire des morceaux. C’est une variété de l’espèce, chez laquelle le génie a luiii. 59
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