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LE GARÇON Dli CAFE.
Comme il est, de toute rigueur, bien fait et bien élevé, il vit en sultan au milieu d’uunombre imposant de demoiselles de comptoir. 11 n’a, l’heureux homme, qu’à leurjeter le mouchoir,—je veux dire la serviette. — Ce sont elles qui font plisser seschemises, qui harcellent la blanchisseuse pour que celle-ci tienne toujours le linged’Oscar ou de Frédéric dans un état de blancheur entière. Confiant dans leur zèle,dans leur économie, le garçon de café leur abandonne souvent, môme, le soin dePayer les mémoires. Quand cet Alcibiade en tablier a trente ans, il songe a l’avenir.H achète un habit noir pour les jours de sortie, il mange de la pâte de Régnault et*1 place ses économies. L’ambition éclot dans son cœur, il destitue les inspectrices desa lingerie, et, dans son sommeil tourmenté, il ne rêve plus qu’établissement à sonnom, que grande salle toute d’or comme les palais des Mille et une Nuits , avec uncomptoir en bois de citronnier, des torrents de gaz et des peintures de Cicéri . Dèsce moment le garçon de café se fait inscrire dans une compagnie de la garde natio-nale; il cherche une femme et une maison neuve formant coin de rue. Quand il atrouvé l’une et l’autre, il s’entoure des artistes les plus distingués, comme les vieuxMédicis quand ils faisaient construire leurs palais; et il fait travailler peintres, do-reurs et mouleurs dans le rez-de-chaussée qu’il a loué à raison de 20,000 francschaque année, sans compter le pot de vin. Les pots de"vin se fourrent partout au-jourd’hui. A sa voix la palette de vingt Raphaëls s’épuise; ces murailles nues, que leslourds Limousins construisaient encore il y a trois mois, se chargent de fresquesetincelantes. A la place des Napoléons a petit chapeau et des inscriptions érotiquestracées naguère au charbon par les gâcheurs, vous voyez de riches et beaux Indiens,~~ des Indiens d’opéra, — poursuivre le tigre royal sur leurs chevaux de race ; vousvoyez un tournoi où messire Rertrand Duguesclin emporte le prix devant toute lanoblesse de Rretagne; vous voyez des nymphes nues, une Psyché qui s’envole, unMercure qui porte dans les airs les ordres de son patron ; vous voyez des oiseaux detoutes les nuances, des fruits de toutes les couleurs.
Le comptoir, chef-d’œuvre del’ébénisterie moderne, se dresse dans une niche dorée.H est orné déjà de coupes en vermeil que Ren-Venuto Cellini n’eût pas désavouées,et une beauté de choix a été retenue d’avance pour occuper chaque jour, a raisonde 100 francs par mois, ce trône magnifique. Le garçon de café, devenu maître à sontour, a obtenu un crédit chez les négociants qui vendent en gros les objets de con-sommation qu’il va donner en détail au public. Une douzaine de réclames, dans les-quelles les courtiers d’annonces citent, a leur manière, les palais d’Armide eide Cléo-pâtre, sont lancées dans les journaux. Le jour de l’ouverture arrive enfin.
L’établissement nouveau fait 6,000 francs de recettes. Le propriétaire fait mettredes jabots à toutes ses chemises, il marchande un tilbury et il se demande déjà s’ilachètera un château en Reauce ou en Normandie . Il jure sur son fourniment de gardenational qu’il ne céderait pas son fonds à moins de 600,000 francs, et il dit à toutPropos cette phrase qu’il s’est fait faire par un homme lettré de ses amis : Le bougequi s’appelle le café de Foy !
Mais un autre fou ouvre dans le voisinage un café plus riche encore. Il y a jeté^ 00,000 francs de dorures, de peintures et de glaces. Le public qui aime à rire va