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LE GARÇON DE CAFE.
la guilloliae. Il avait adopté une table devant laquelle il prenait place toujours. Parsuite, il était toujours servi par le même garçon, chacun des servants d’un café
ayant une ligne de tables a surveiller. M. de K., élevé au sein de l’opulence,
avait contracté l’usage de l’or depuis ses dents de sept ans. 11 était habitué à payer,et a payer richement. Entraîné par cette douce routine, il entra un soir au café deFoy sans un sou dans sa poche, et il prit son café comme a l’ordinaire ; puis, quandil voulut partir, il tira sa bourse 1 Le garçon vit tout de suite, dans les traits conster-nés de l’émigré, le funeste état des choses, et, en desservant sa pratique, il dit à voixbasse : « C’est payé ! » En effet, il paya la demi-tasse. Oh 1 il faudrait un litre d’encre,un paquet de plumes et deux rames de papier pour peindre les combats que se livra
M. de K.le lendemain quand l’heure du café sonna au cadran de ses habitudes,
car le lendemain, comme la veille, le pauvre soldat de Condé était, comme on dit, àsec. Que vous dirai-je ? il entra, possédé par ce besoin aussi terrible que la faim peut-être, ou du moins qui est une faim d’un autre genre. Son café fut payé encore par legarçon. 11 le fut pendant plusieurs années, et le comptoir ignora toujours ce détail de lagrande salle. Seulement, le maître du lieu ne cessait de s’extasier sur l’exquise poli-tesse du ci-devanl, qui n’entrait, ne sortait jamais sans lui faire deux révérencesd’ancienne cour. Hélas! le vieux gentilhomme croyait saluer son créancier, et sonvrai créancier c’était le garçon, dont la discrète bonté ne se démentit jamais, quisupportait patiemment les rebuffades du baron quand le café était moins chaud quede coutume, et qui portait tous les soirs à la dame du comptoir l’argent de la demi-tasse comme s’il venait de le recevoir.
On sait que les émigrés furent indemnisés, un peu chèrement même ! Un jour celuidont il est question arriva au café de Foy avec une énorme cocarde blanche et unportefeuille garni de billets de banque. Il demanda son compte, et on lui dit qu’ilne devait rien. Etonnement, stupéfaction. Le garçon fut appelé.
Le brave homme avoua, en rougissant, que, depuis des années , il payait sans riendire le café du baron, et le baron pleura, et il embrassa devant tout le monde le gar-çon de café en disant : « Et toi aussi, mon enfant, tu étais un courtisan du malheur ! »
M. le baron de K.a dépouillé le garçon de café de la serviette et de la veste,
et il lui a donné les fonds nécessaires pour acheter un établissement.
N. B. Ce garçon de café-la était bonapartiste.
Les physionomies du garçon de fourneau et du garçon de billard forment deuxtypes a part et qui n’ont rien de commun avec celle du garçon de salle. Ce dernier,serviteur de tout le monde, est connu de tout le monde ; les deux autres sont clouesà une place unique : l’un devant le feu où il prépare le café, le chocolat, etc. ;l’autre à un billard, qu’il prend comme fermier au maître de la maison, et aveclequel il spécule sur les passions des habitués de la poule. La physiologie de ces deuxindividus ne peut être traitée que par un alchimiste et un joueur de billard con-sommé. Or, je ne saurais mettre de l’eau en ébullition sans me brûler les doigts, etje n’ai jamais fait au billard qu’un doublé, encore était-ce un raccroc. Non suwdignua.
Le garçon de café— genre moderne — ne s’embarrasse pas sitôt d’une famille-