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Tome second.
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L’A 13 T E li K DRAMATIQUE.

placer convenablement les choses. C’est l’agent de change le plus ingénieux! c’estl’alchimiste le plus sur de son fait! dans ses heureuses mains le cuivre devient or,et comme l’or est une chimère, il le (ransmute en propriétés foncières, pour confir-mer cette grande vérité génésiaque de notre origine, si trivialement exprimée parle proverbe : ce qui vient de la flûte retourne nu tambour. Voila la science hermé-tique de notre époque, et c’est ainsi qu’on n’invente pas la poudre.

Cependant ne croyez pas qu’il soit heureux sous le soleil de son illustration , surla litière de ses lauriers, l’auteur dramatique universel. Sa vie est un bagne, il estcondamné aux travaux forcés a perpétuité ; le fer rouge de la renommée l’a marquéau cœur. Quand nous sommes mollement bercés dans nos travers aux sons de songaloubet, il veille lui pour nos plaisirs ; les vers que nous chantons si gaiement, il lesa comptés sur ses doigts ;et le trait final du couplet, cette fleur de l'inspiration, ellelui a demandé sept branches parasites, sans lesquelles il n’y aurait pas eu de bouquet.Il n’a ni jours ni nuits. Il va du travail de l’enfantement au travail de la représenta-tion : il faut lire aux acteurs, il faut faire répéter, et comment être à la même heureen vingt théâtres différents ? ces vingt jeunes femmes que la foule idolâtre, envie ,elles sont toutes a lui, mais a-t-il le temps d’être a aucune d'elles? Quand une affairese termine là, une autre ici commence. C’est Tantale au milieu dos eaux, Prométhée sur son rocher, fxion sur sa roue. A l’Académie il se doit à lui-même de ne pasdormir, d’avoir l’air d’écouter, d’avoir l’air de penser. Sa réputation le suit partout,le tient sur le qui vive. Il necause pas, il ne saurait dépenser inutilement un trait d’es-prit, mais il écoule et il retient. D’ailleurs, c’est à qui lui donnera une idée,un avis, unbon mot; on est pour lui d’une indulgence qui tient de l’abus; la présomption favo-rable va jusqu’à lui supposer des intentions qu’il n’a jamais eues, jusqu’à transformerses pléonasmes en beaulés; a-t-il écrit par hasard : certains indices m'indiquaient,tout le monde se récrie : comme ccst bien! il n’y a que lui en effet pour trouver deces finesses-Ta. Son cerveau est un ana méthodique, un casier alphabétique, etsa plumepuise à différents encriers le sentiment, la joie, la douleur, en phrases toutes faites;il a son magasin de péripéties et de dénoûments, son tiroir aux moyens : toute choselui sert pourvu qu’elle ne soit ni neuve, ni morale, ni hardie : il faut plaire et ne rienhasarder. De tout temps les idées nouvelles ont compromis les réputations : notregrand auteur dramatique ne veut pas boire la ciguë. Boire ! hélas, il n’a plus d’esto-mac ! Mais c’est son hospitalité qui surtout décèle une noble existence de dé-vouement et d’abnégation : chez lui, en ville, à la campagne, chacun travaillecomme lui. Il a ses éplucheuses et ses dégrossisseurs. Au son de la cloche tout lemonde s’éveille et se met à l’œuvre : au déjeuner on rend compte de la besogne,puis on y retourne. 11 n’y a pas de ruche plus industriellement combinée, toutes lesabeilles distillent ; les romans nouveaux y sont pressurés, on en extrait le suc, et c’estainsi que se prépare ce régal de miel et de lait qui, chaque soir, comme une manneabondante tombe en légers flocons sur un peuple affamé, pour la grande gloire de laFrance et pour maintenir son poids dans la balance des nations.

Bippolvtc Auger.