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Tome second.
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L’AUTI! UH 1 ) K A M ATI QUE.

« Monsieur, lui répondent tous les directeurs, l’ouvrage que vous avez bien voulunous communiquer révèle une profonde connaissance des hommes, le sujet est neuf etintéressant, le dialogue facile et vrai, les caractères sont bien tracés et naturels; on ydistingue un esprit d’observation devenu bien rare : malheureusement il ne convientpas a notre théâtre de représenter une œuvre si remarquable , etc. » Cet homme-l'ane peut jamais arriver jusqu'au public, il meurt inconnu, avec le chagrin d’emporterses idées, son originalité, sa forme, son génie en un mot. C’est le type artistique dudramaturge; il sert a justifier cette vérité devenue banale, que pour être auleurdramatique il faut surtout, et avant toute chose, ne pas avoir de génie.

11 y a encore une autre exception à la règle générale, une autre espèce d’hommequi veut à toute force se faire auteur dramatique sans pouvoir l’être jamais, même authéâtre Castellane; c’est l’auteur qui a eu le génie de naître tout grand et tout riche,l’auteur titré, l’auteur qui donne a dîner, le véritable amphitryon : sa pièce a cinqactes, les vers ont le nombre de syllabes voulu, il consent à payer tous les frais, àfaire exécuter les décorations et les costumes, à louer la salle entière; il comble decadeaux la principale actrice, il offre sa bourse au grand comédien , il prodigue l’oret les caresses aux figurants, même au pompier : les journaux ont eu leur part dansses largesses, cent mille francs jetés ainsi garantissent le mérite littéraire de l’auteurdramatique, lih bien, la magnifique tragédie est sifdée impitoyablement, les acteursne veulent plus y reparaître, les feuilletons s’en amusent, les amis s’en moquent, etle public à son tour, le public payant ne peut être admis à rire aussi, lui, du passe-temps aristocratique du grand seigneur. Il faut en convenir, le public payant n’estpas heureux.

Il y a encore l’auteur dramatique en jupons, la femme-homme de lettres, typediaphane derrière lequel on aperçoitla figure étonnée du bourgeois de Molière . Maisl’auteur dramatique modèle, le grand auteur dramatique, celui qui résume en lui tousles auteurs dramatiques passés, présents et futurs, l’auteur multiple , c’est la table dePythagore incarnée. Il pourrait dire a la rigueur ce que chaque trait de plume luirapporte bon an, mal an. Il vend en gros et en détail; il fait généralement tout cequi concerne son métier : des couplets, des drames, des comédies et des vaudevillesdans tous les genres, pour tous les goûts, à tous les prix. C’est le fournisseur brevetéde toutes les entreprises; il a le monopole des théâtres royaux; ce qui sort de saboutique porte son cachet ; la province et l’étranger vivent de ses produits; enfin il estplus riche que ne le furent Voltaire et Beaumarchais a eux deux, tout millionnairesqu’ils fussent : maisons de ville, maisons de plaisance, châteaux crénelés, prairies,vignes, labourages, hautes futaies, il a trouvé tout cela sur du papier blanc avec del’encre de la petite vertu, bien et dûment, sans prendre dans la poche ni dans lesecrétaire de personne , au contraire, mais en pillant tout le monde, en chassant tousses concurrents ou pour mieux dire en les faisant tous concourir a sa fortune princière.Qui voudrait ne pas lui ressembler! entendons-nous cependant, il a le front bas etfuyant, les oreilles longues et écartées, les sourcils épais, le teint rouge, un habitcannelle et la démarche pataude... mais l’espritest léger, fin, délicat et gracieuxcomme les chiffres arabes : avec lui deux et deux font vingt-deux, parce qu’il sait