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Tome second.
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E’USURlEK.

lïlainval.. Jugez de la joie de ce dernier. Charles voulait emprunter mille éeus , etBlainval se conduisit d’un façon héroïque , il prêta la somme entière pour un mois. acinq pour cent d’intérêt ; et pour toute garantie, il demande d’abord une acceptation,et ensuite, comme les lettres de change entraînent toujours la contrainte par corps, ilexigea que, pour éviter des frais et des pertes de temps, Charles lui signât d’avance unacquiescement au jugement qui le condamnerait par corps, en cas de non-paiement.Rien n’était plus raisonnable, et le malheureux consentit a tout. Un mois après,lorsque l’échéance arriva, Charles n’avait pas d’argent ; il avait compté sur des ren-trées de fonds , et les rentrées ne s’étaient pas faites, la lettre de change fut protes-tée... Pourtant, il était tranquille.

« Je serai assigné au tribunal de commerce, pensait-il ; la, je demanderai desdélais pour payer, et comme Blainval est connu pour un usurier, on me donneragain de cause. »

Certes , ce raisonnement 11 e manquait pas de sens , mais Charles luttait avec unhomme adroit qui voulait une vengeance. Un usurier a toujours pour suivre ses af-faires un huissier qui lui est d’autant plus dévoué qu’il lui donne une part dans sesbénéfices; aussi Blainval mit le sien au courant, et lui recommanda de soufflerl’assignation. Pour les personnes qui 11 e sont pas au courant des termes du palais , cemot exige une explication ; souffler une assignation , c’est ne pas la remettre, oufaire en sorte qu’elle ne parvienne pas a la personne ; or, l’huissier , pour se tenir acouvert, va rôder autour de la maison du débiteur , et prend note d’une heure à la-quelle le portier est seul dans sa loge , de sorte que si plus tard il y a réclamation ,l’huissier peut jurer sans crainte qu’il a remis l’assignation au portier, qui, sansdoute l’aura perdue, car il n’y a pas de témoins pour prouver le contraire... Cettemachination fut ourdie avec le plus grand succès contre Charles : le pauvre garçon,qui n’avait pas été prévenu , fut condamné par défaut, et comme il avait signé d’a-vance un acquiescement a ce jugement, il fut un beau matiu pris au saut du lit, etconduit à Clichy .

Depuis une heure il était la, dans sa cellule, la tête baissée, réfléchissant aux moyensde se tirer d’un aussi mauvais pas, lorsque le gardien vint lui annoncer qu’il étaitlibre...

Par quel miracle !... Blainval était-il radouci?.... Non , mais Juliette avait mis sesdiamants en gage.

Plus tard, Charles fut a même de lui prouver sa reconnaissance pour le servicequ’elle lui avait rendu ; â quelque temps de l'a il eut le malheur de perdre une de sestantes qui lui laissa en mourant 50,000 livres de rente. Mais il n’a pas oubliéBlainval.

« Depuis cette affaire , répète-t-il sans cesse , j’ai eu souvent besoiu d’argent, maisje n’ai jamais voulu signer de lettres de change. »

Et pourtant, si on abolissait la lettre de change , que deviendrait l’usurier !

II. JOUSSERANDOT.