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LL .lOliUNAUSTL.
si féconde. 11 écrivait à lui seul le journal politique et les annales politiques, et aprèsavoir passé une partie île sa vie à la Bastille ou dans les prisons, il est mort comme ill'allait mourir dans ce temps-là, sur l’échafaud; et madame Olympe de Gouges , cette coura-geuse femme, qui a écrit de si admirables pages contre Robespierre ; et Mirabeau jeune,aussi brave que son frère était éloquent, aussi grand duelliste que son frère était ungrand révolutionnaire ; et cet aimable marquis de Champcenetz qui portait encore desdentelles en 92 et la tète si haute, et qui est allé à la mort en riant et en plaisantant..comme s’il eût été encore dans les jardins du Petit-Trianon . De I7M) à 1792, Champ-eenelz et ses amis ont écrit un très-piquant journal intitulé les Actes des Apôtres . Dansces feuilles toutes remplies du plus aimable persillage, vous retrouverez beaucoup de lagrâce et de l’esprit de l’ancienne cour. Ces gentilshommes ont trouvé que cela était beaude sourire jusque sur l’échafaud: ils ont délié à la fois les juges, les bourreaux et les spec-tateurs. Leur bonne humeur ne s’est pas démentie un seul instant. Comment pouvaient-ils faire, les malheureux, avec leur esprit contre les piques et les bonnets rouges? Tou-jours est-il que, même sous la terreur, le journal a trouvé ses représentants qui ont étévrais, spirituels, courageux et sincères jusqu’à la mort.
Maintenant que nous voilà arrivés aux temps modernes, et que chacun de vous peutfacilement retrouver les archives du journal contemporain, je n'irai pas vous faire unehistoire que vous savez tous aussi bien que moi. Vous savez comment le despotisme im-périal s’empara de cette arme pour en faire son prolit ; comment l’empereur Napoléon ,aussi habile qu’avait été le cardinal de Richelieu lui-même, et qui eût pris en très-mauvaise plaisanterie toute espèce de contrôle, ne permit à personne d’écrire une ligne«lui ne fût pas revue par son préfet de police et par lui-même. A peine si le jaloux em-pereur accordait au journal un peu de liberté pour parler des tragédies, des comédies etdes livres qui s’écrivaient dans scn empire; et comme toutes choses, livres, tragédies,comédies, les plus grands écrivains de cette époque, M. de Chateaubriand et madamede Staël avaient supporté au préalable toute l’inquisition de la censure. La liberté quirestait à la critique, censurée comme toute le reste, était peu de chose. Cependant.ainsi rétrécie dans le cadre le plus jaloux, la critique de ce temps-là trouvait le moyende rendre le plus grand service aux belles-lettres et aux beaux-arts. Elle a relevé, tantqu’elle l'a pu, les ruines du passé, elle a remis en honneur les vieux noms oubliés, ellenous a rappelé à l’étude des chefs-d’œuvre qui ne peuvent pas mourir ; elle a osé parlerde la vieille histoire et des vieux monarques. Plus d’une fois, ne pouvant pas protester parla parole contre la violence du maître, elle a protesté par le silence. Tant qu’il a régné,c’est-à-dire tant qu’il a vécu, l’empereur Napoléon s’est tenu en dehors de cette puissancede la presse, qui était en dehors de sa puissance; il l’a restreinte, il l’a écrasée, il l’a dé-pouillée de toutes les manières. Un jour même, comme il ne savait plus que faire pourêtre le maître dans le Journal de l'Empire , comme il était le maître dans le sénatconservateur, il confisqua au profit de ses familiers le Journal de l'Empire . Il envoyasaisir le rédacteur en chef par deux gendarmes, et il le fit conduire, devinez où ? A l’iled’Elbe, où le rédacteur du Journal de l'Empire est resté jusqu’à ce que l’Empereur vintprendre sa place. Ici il faut reconnaître encore l’intelligence de l’Empereur, car s’adres-sant à celui-là, le premier journaliste du monde, qui a été toute sa vie un journaliste, etqui n’a voulu être que cela, qui a vu passer, sans courber la tète, les plus hautes for-tunes, les positions les plus belles, rare esprit d’une bienveillance infinie, intelligenceavancée et infatigable, l’Empereur frappait en effet sur le plus important représentantde la politique et de la littérature périodiques dans toute l’Europe civilisée.