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Tome troisieme.
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XXXI
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Avec la charte de Louis XVIII, arriva pour le journal en France une ère admirableoù la pensée humaine put se livrer enlin au plus magnifique développement. Le journaldevint alors ce qu’il était sous les pontifes romains, le livre universel', seulement, dansce livre ouvert à tous, chacun venait écrire ses haines, son amour, ses regrets, son es-poir, ses ambitions, sa passion pour le bien public. Dans ces feuilles ainsi composées, latribune et le barreau jetaient chaque matin le double rellet de leur éloquence ; a cet échoretentissant, l’homme politique venait demander la popularité, le poète de la gloire,l'homme d’état, la puissance , l’historien des faits, le comédien des conseils. Ce n est pasque la restauration, elle aussi, qui avait, quoi qu’on dise, le sentiment de sa destructionprochaine, ne se soit inquiétée de l’envahissement d'un quatrième pouvoir que la charteet Louis XVIIl n'avaient pas prévu; mais l’impulsion était donnée, le fleuve avait prisson courant dans cette arène où la royauté elle-même ne pouvait arriver qu avec ses pro-pres raisonnements, tout obstacle étranger étant brisé en un clin d’œil. En vain les ancienset éternels rédacteurs du Journal de Trévoux étaient rentrés dans la lice ; en vain les gen-tilshommes qui écrivaient les Actes des Apôtres étaient sortis de leur tombe pour re-commencer leur guerre depigrammes ; en vain les plus rares talents et les plus excellentscourages du ministère public av aient soutenu, par une magistrature prudente, avaientdéfendu pied à pied ce terrain d'alluvion conquis sur la maison de Bourbon en 1/89,rien n’y lit, ni les menaces du pouvoir, ni les nombreuses séductions, ni les peines afllic-tives et infamantes, à ce point, en ceci est la honte delà restauration, (pie les journalistescondamnés furent accouplés à la même chaîne avec des galériens couverts de lèpre. Lamaison de Bourbon devait mourir par le journal. Un jour arriva enfin, un jour décisif oùla magistrature elle-même, appelée à se prononcer entre la maison de Bourbon , et cemême rédacteur du Journal de l’Empire, que Napoléon avait fait saisir par les gendar-mes, prononça du haut de son tribunal l’arrêt de la maison de Bourbon . Telle est cettepuissance du journal, que si nous voulions nommer tous les hommes qui ont apporté leurpierre toute taillée à celte œuvre de géant, il faudrait nommer tous les hommes qui onteu quelque valeur et quelque crédit dans le gouvernement des affaires, dans les lettres,dans les sciences, dans les arts ; à leur tête il faudrait placer le roi poétique du mondemoderne, M. de Chateaubriand en personne. Cherchez bien, et vous trouverez (pie tousles hommes qui meuvent le monde aujourd’hui, après Dieu , sont des enfants de laPresse périodique. Le grand mérite de M. Thiers , cette vive éloquence , ce hardi cou-rage , ce scintillant génie que rien ne trouble et n’arrête, cet homme qui a vaincu ,surmonté ou brisé tous les obstacles, ce prince de Tallevrand sorti du peuple , c’est den avoir jamais oublié qu’il avait appris l’éloquence, l’administration et le gouvernementdans le journal. Aussi, comme nous l’avons dit autre part, quand celui-là est entré dansle gouvernement pour n’en plus sortir, la presse a gagné sa bataille d’Austerlitz. Vouscomprenez donc (pie pour écrire dans celle histoire pittoresque des Français peints pareux-mêmes un chapitre intitulé le Journaliste , il fallait nécessairement remonter jus-qu'à l’origine de l’art, car c’est une opinion commune , (pie c’est là un métier d’hier,un pur hasard, une profession où le premier venu sans profession peut apporter lesrognures de son esprit et le tâtonnement de son style. Nul ne pense à tous les grandsmaîtres qui nous ont précédés, à tous les beaux exemples qu’ils nous ont laissés, à leurcourage, à tout, l’esprit qu’ils ont dépensé. Et que la prédiction du bon ïtollin s’estbien réalisée, (pie le journal serait difficile à écrire quelque jour ! Et (pie La Bruyère , quia si maltraité le Mercure Galant, avait bien la conscience de ces difficultés à venirlorsqu'il a dit : « Pour badiner avec grâce et raconter heureusement sur les petits su-